Dom Sébastien, roi de Portugal (1834)

The More I learn, the Less I Know

Dom Sébastien, roi de Portugal (1834)

(King Sebastian of Portugal)

Opera in Five Acts
Libretto by Eugène Scribe

A 1998 production by the Teatro Comunale Bologna coproduced by the Teatro di Bergamo

CAST OF CHARACTERS

Zayda, daughter of Ben-Selim (mezzo-soprano)
Dom Sebastian, King of Portugal (tenor)
João da Sylva, Grand Inquisitor (bass)
Abayaldos, chief of the Arab tribes, fiancé of Zayda (bary-ton)
Camoëns, soldier and poet (baritone)
Dom Henrique, lieutenant of Dom Sebastian (bass)
Dom Antonio, his uncle, regent of the kingdom in his ab-sence (tenor)
Ben-Selim,governor of Fez (bass)
Don Luis, envoy from Spain (tenor)
Lords and ladies of the court of Portugal. Portuguese soldiers and sailors. Arab soldiers and women. Members of the Inquisition. Men and women of the people.

The action takes place in 1578.
Acts I, III, IV, and V take place in Lisbon
Act II is in Africa


ACTE PREMIER

La vue du port de Lisbonne. A droite, sur le premier plan, le palais du roi, d’où l’on descend par plusieurs marches. Au fond, la mer, et la flotte prête a mettre à la voile. Tout se prépare pour l’embarquement. On transporte à bord du vaisseau amiral des armes et des provisions. A gauche, des soldats et des matelots boivent et chantent; d’autres font leurs adieux à leurs femmes et à leur famille. On voit circuler des hommes et des femmes du peuple, des seigneurs et des grandes dames que la curiosité attire.

SCÈNE PREMIÈRE
Soldats, matelots, hommes et femmes du peuple, seigneurs et grandes dames; puis Dom Antonio et Juam de Sylva.

Le Choeur
Nautonier! déployez la voile!
Élancez-vous, hardi marin!
Le roi commande, et son étoile
Nous guide au rivage africain!

Dom Antonio et Juam de Sylva sortent en ce moment du palais du roi et descendent le marches en causant.

Dom Antonio
Ainsi nous l’emportons, et le destin entraîne
L’imprudent Sébastien sur la rive africaine!

Juam de Sylva
Mais, prêt à s’éloigner, votre royal parent,
Ô Dom Antonio, vous remet la régence…

Dom Antonio
Que je dois à vos soins, vous, ministre prudent,
Vous, grand inquisiteur!… Et pendant son absence,
Je prétends avec vous partager la puissance…

Juam de Sylva
(à part et pendant que plusieurs seigneurs abordent et saluent Dom Antonio)
Que ta débile main ne gardera qu’un jour!
L’adroit Philippe Deux, que la gloire accompagne,
Couve depuis longtemps, d’un regard de vautour,
Le riche Portugal, trop voisin de l’Espagne;
Et me promet, à moi, si je suis son soutien…
(regardant Dom Antonio)
Un pouvoir plus durable et plus sûr que le tien.

Le Choeur
Nautonier, déployez la voile!
Élancez-vous, hardi marin!
Le roi commande, et son étoile
Nous guide au rivage africain!

SCÈNE DEUXIÈME
Les mêmes; un soldat, s’approchant de Dom Antonio, à qui il présente un placet.

Dom Antonio
Encore ce soldat, qui me poursuit sans cesse
D’un placet importun!…
(au soldat)
Tes titres?

Le Soldat
Ma détresse!

Dom Antonio
Eh! Que veux tu?

Le Soldat
Parler au roi!

Dom Antonio
Crois-tu donc, jusqu’à toi, que sa grandeur s’abaisse?

Juam de Sylva
Arrière, misérable!

Dom Antonio
(avec impatience)
Oui! Va-t’en!

SCÈNE TROISIÈME
Les mêmes; Dom Sébastien, descendant les marches du palais.

Dom Sébastien
Eh! Pourquoi
Empêcher mes soldats d’arriver jusqu’à moi?
(au soldat et lui faisant signe d’avancer)
Qui donc es-tu?

Le Soldat
Soldat, j’ai cherché la victoire,
Et matelot, des bords lointains;
Poëte, j’ai rêvé la gloire…
Et n’ai trouvé que des dédains!
Au loin, sur des mers inconnues,
J’ai suivi Vasco de Gama,
Et des merveilles que j’ai vues
Ma verve ardente s’enflamma!
O Luisade!… Enfant de ma lyre chérie!
Toi qui dois illustrer mon ingrate patrie,
Pour toi j’ai combattu l’Océan courroucé!
Oui, nageant d’une main, je criais aux orages:
Perdez-moi!… mais portez mes vers jusqu’aux rivages…
Pour la première fois, les dieux m’ont exaucé!
Poëte, j’ai rêvé la gloire,
Et n’ai trouvé que le malheur!
Qu’auprès du fils de la victoire,
Aujourd’hui, je trouve l’honneur!

Dom Sébastien
(au soldat)
Ton nom?

Le Soldat
Le Camoëns!

Dom Sébastien
(se découvrant avec respect)
Poëte,
Je te salue!
(à Dom Antonio et à Juam de Sylva qui haussent les épaules avec mépris)
Oui, dans ses yeux
Du génie incompris j’ai vu briller les feux!
Du pays dédaigneux, dont l’oubli le rejette,
Son nom sera l’orgueil!
(tendant la main au Camoëns)
Je suis ton protecteur;
Réponds-moi, que veux tu?

Camoëns
L’honneur
De te suivre, ô mon roi, sur la rive du Maure
Pour partager et chanter tes exploits.

Dom Sébastien
Sois donc prêt à partir!

Camoëns
Une faveur encore!

Dom Sébastien
Et laquelle?

Camoëns
(lui montrant le fond du théâtre)
Regarde!

Dom Sébastien
Ah! Qu’est-ce que je vois?

On aperçoit un noir cortège qui traverse le théâtre avec une bannière: c’est celle de l’Inquisition. Des familiers du saint-office conduisent une jeune fille, couverte du sanbenito, vêtement des condamnés.

SCÈNE QUATRIÈME
Les mêmes; Zayda et les familiers de l’Inquisition.
Choeur et Marche.

Le Choeur
Céleste justice,
Tu veux son supplice,
Et le saint-office
Punit les pervers.
Sauvons ces infâmes!
Qu’ici-bas les flammes
Préservent leur âmes
Du feu des enfers.

Dom Sébastien
Où la conduisez-vous?

Juam de Sylva
Au bûcher!

Dom Sébastien
Quelle est-elle?

Juam de Sylva
Zayda l’Africaine, hérétique, infidèle!
Aux rives de Tunis prise par nos vaisseaux,
Elle avait, abjurant des dieux trompeurs et faux,
Reçu l’eau du baptême…

Zayda
Oui, tremblante de crainte,
J’avais de Mahomet renié la foi sainte!

Juam de Sylva
(à Dom Sébastien)
Vous l’entendez!

Zayda
Et dans mon repentir,
D’un odieux couvent, hier, je voulais fuir…

Dom Sébastien
Et pourquoi?

Zayda
Pour revoir l’Afrique, ma patrie,
Et mon vieux père, hélas! qui me pleure et m’attend!

Dom Sébastien
(vivement)
Ah! Tu ne mourras pas!

Juam de Sylva
(s’avançant)
Notre roi tout-puissant
Ne saurait au bûcher arracher cette impie,
Ni du saint tribunal annuler les arrêts!

Dom Sébastien
Mais je puis commuer sa peine!… Et pour jamais,
Et sous peine de mort, j’exile l’étrangère.

Juam de Sylva
En quels lieux?

Dom Sébastien
En Afrique, et près de son vieux père!

Zayda pousse un cri et tombe aux genoux de Dom Sébastien.

Camoëns
Vive le roi!

Juam de Sylva et les Inquisiteurs
Ah! l’impie,
Il nous défie,
Il outrage la foi!

Zayda
(aux pieds du roi)
O toi qui me pardonne,
Ô le meilleur des rois!
Pour jamais je te donne
Les jours que je te dois!
Que les dieux protégent ta vie,
De gloire et d’honneurs sois comblé!
Et du beau ciel de ta patrie
Ah! ne sois jamais exilé!…

Juam de Sylva et les Inquisiteurs
Notre sainte colère
N’épargne pas les rois.
Malheur au téméraire
Qui méconnaît nos lois!

Zayda
O mon Dieu! Sur la terre,
Mon appui tutélaire,
Ô le meilleur des rois!
A toi qui me pardonne,
Je consacre et je donne
Les jours que je te dois!

Dom Sébastien
O charmante étrangère,
Doux attraits, douce voix!
Le coeur le plus sévère
Reconnaîtrait tes lois!

On entend un appel de trompettes. Des officiers et des soldats s’avancent.

Dom Sébastien
Entendez-vous la trompette
Que l’écho des mers répète?
Pour nous la palme s’apprête,
Marchons, nobles Portugais!
Conquérants du Nouveau-Monde,
La victoire nous seconde!
Des flots que Dieu nous réponde…
Je vous réponds du succès!
(au Camoëns)
Toi, dis-nous le chant du départ,
Et s’il est vrai que le poëte
Soit inspiré du ciel, dis-nous, divin prophète,
Quel sort attend notre étendard?

Camoëns
(avec enthousiasme)
Oui, le ciel m’enflamme et m’inspire!
Voyez-vous l’horizon serein?…
Voyez-vous le royal navire
Aborder le sol africain?…
Le vent du désert nous apporte
Le cri du guerrier frémissant!…
Combien sont-ils?… Que nous importe?
En avant, chrétiens, en avant!

Les Soldats
(s’animant)
En avant, soldats de la foi,
En avant! Gloire à notre roi!

Camoëns
Quelle masse épaisse, innombrable,
Se renouvelle sous nos coups?
Comme des tourbillons de sable,
Ils s’étendent autour de nous!

En ce moment, le théâtre s’obscurcit, la mer devient agitée, et l’on en-tend au loin gronder le tonnerre.

Sous nos pas a frémi la terre,
Sur nos fronts mugit le tonnerre.
(avec égarement)
Soldats! Défendez votre roi,
Soldats! Sauvez notre bannière…
Je la vois encor… Je la voi…
Mais sanglante et dans la poussière…
En avant… en avant, et mourrons pour le roi!

Les Soldats
En avant… en avant, et mourrons pour le roi!

Dom Sébastien
(s’élançant au milieu d’eux)
Que dites-vous, amis?

Camoëns
(revenant à lui)
Oui… Oui… Pardonnez-moi!
Les éclats de la foudre et ces épais nuages
N’apportaient à mes sens que de sombres présages!

En ce moment les nuages se dissipent, la mer redevient calme et le so-leil brille.

Mais le soleil revient!… Soleil, qui des héros
Dois aux champs africains éclairer la vaillance,
Que devant tes rayons s’inclinent nos drapeaux!

Tous les drapeaux s’inclinent.

Dom Sébastien
Seigneur! Bénissez-les.

Juam de Sylva
(étendant les mains)
Oui, que la Providence
Daigne exaucer nos voeux!…
(à part)
Et monarque et soldats,
Des sables africains vous ne sortirez pas!…

Juam de Sylva, Dom Antonio et les Inquisiteurs
Anathème à l’hérésie!
Anathème sur l’impie
Qui nous brave et nous défie,
Et méconnaît nos décrets!
Que sur son front le ciel gronde,
Que sous lui s’entr’ouvre l’onde,
Que l’enfer seul lui réponde,
Et l’engloutisse à jamais…

Dom Sébastien, Camoëns et les Soldats
Entendez-vous la trompette
Que l’écho des mers répète?
Pour nous la palme s’apprête,
Partons, nobles Portugais!
Conquérants du Nouveau-Monde,
La victoire nous seconde!
Des flots que Dieu nous réponde…
Je vous réponds du succès!

Zayda
De la fureur de l’impie
Il a préservé ma vie;
Mahomet, je t’en supplie,
Récompense ses bienfaits!
O puissant maître du monde,
Qu’à mes voeux son sort réponde,
Que la justice confonde
Les méchants et leurs projets!
(à genoux)
O Mahomet, sauve sa vie!

Le Peuple
Dieu des chrétiens, sauve le roi!

Dom Sébastien
Adieu, Lisbonne!…

Camoëns
Adieu, patrie!

Dom Sébastien
Nous reviendrons dignes de toi!

Zayda
De la fureur de l’impie
Il a préservé ma vie,
Mahomet, je t’en supplie,
Récompense ses bienfaits!
O puissant maître du monde,
Qu’à mes voeux son sort réponde,
Que la justice confonde
Les méchants et leurs projets!

Juam de Sylva, Dom Antonio et les Inquisiteurs
Anathème à l’hérésie!
Anathème sur l’impie
Qui nous brave et nous défie,
Et méconnaît nos décrets!
Que sur son front le ciel gronde,
Que sous lui s’entr’ouvre l’onde,
Que l’enfer seul lui réponde,
Et l’engloutisse à jamais!

Dom Sébastien, Camoëns et les Soldats
Entendez-vous la trompette
Que l’écho des mers répète?
Pour nous la palme s’apprête,
Partons, nobles Portugais!
Conquérants du Nouveau-Monde,
La victoire nous seconde!
Des flots que Dieu nous réponde…
Je vous réponds du succès!

Le Peuple
Pour la gloire et la patrie
Quand il expose sa vie,
Exauce, Dieu que je prie,
Tous les voeux de ses sujets.
O puissant maître du monde,
Qu’à mes voeux son sort réponde,
Que la justice confonde
Les méchants et leurs projets!

Dom Antonio et Juam de Sylva laissent éclater la joie que leur cause le départ de Dom Sébastien. Le peuple entoure le roi de ses transports. Zayda lui baise la main. Le roi, Camoëns et les officiers montent sur le vaisseau amiral, et l’on aperçoit en pleine mer, à l’horizon, toute la flotte portugaise à la voile.

ACTE DEUXIÈME

PREMIER TABLEAU
En Afrique. L’habitation de Ben-Selim, dans les environs de Fez.

SCÈNE PREMIÈRE
Zayda, entourée de ses compagnes.

Choeur des jeunes Filles
Les délices de nos campagnes,
La rose des déserts,
La plus belle de nos compagnes,
Gémissait dans les fers!
Le ciel a de nos voix plaintives
Entendu les soupirs!
Elle revient!… et sur nos rives
Reviennent les plaisirs.

Zayda fait signe qu’elle désire rester seule. Les jeunes filles s’éloignent.

SCÈNE DEUXIÈME
Zayda.

Zayda
(seule)
Depuis que sa main protectrice
A défendu mes tristes jours,
Pour mon malheur, pour mon supplice,
Je l’entends, je le vois toujours!
Hélas! Le doux ciel de mes pères
N’a pu consoler mon ennui;
Mon âme, aux rives étrangères,
Est demeurée auprès de lui!

SCÈNE TROISIÈME
Zayda, Ben-Selim et sa suite.

Ben-Selim
(s’approchant de sa fille)
Pourquoi, le front toujours voilé par un nuage,
Du brave Abayaldos repousses-tu l’amour?

Zayda fait signe qu’elle ne peut le lui dire.

Ma fille, accueille au moins l’hommage
De l’amitié qui vient célébrer ton retour.

Divertissement composé de plusieurs pas de caractère. A la fin du divertissement, on entend un bruit de trompettes. Parait Abayaldos à la tête de sa tribu.

SCÈNE QUATRIÈME
Les mêmes; Abayaldos et les Arabes sous ses ordres.

Abayaldos
Eh quoi! Des danses et de fêtes!…
Des cris joyeux frappent les airs!
Lorsque la foudre est sur vos têtes
Et lorsque l’infidèle envahit nos déserts?

Tous
(poussant un cri)
Les chrétiens!

Abayaldos
Levez-vous! Que le glaive
Étincelle en vos mains!
A vos jeux faites trêve!
Aux armes, Africains!
Oui, saisissez le glaive,
Aux armes, Africains!
Sébastien, ce prince infidèle,
Est venu pour nous asservir!
Il nous défie et nous appelle
Aux plaines d’Alcazar-Quivir!
Levez-vous! Que le glaive
Étincelle en vos mains!
Plus de paix, plus de trêve!
Aux armes, Africains!
(s’adressant à Zayda)
La guerre sainte est déclarée
Et nous courons au champ d’honneur!
Ta foi, si longtemps espérée,
Doit être le prix du vainqueur!

Zayda lui fait signe qu’elle ne veut rien promettre. Abayaldos la regarde quelques instants avec jalousie et colère, puis se retournant vers ses compagnons.

Levez-vous! Que le glaive
Étincelle en vos mains!
Plus de paix! Plus de trêve!
Aux armes, Africains!

Choeur des Femmes
(à genoux)
O Dieu qui tiens le glaive
Et la mort dans tes mains,
Vers toi ma voix s’élève.
Protège leurs destins!

Choeur des Hommes
Levons-nous! Que le glaive
Étincelle en nos mains!
Plus de paix! Plus de trêve!
Aux armes, Africains!

Zayda
Dieu! Détourne le glaive
Qui brille dans leurs mains!
Vers toi ma voix s’élève,
Protège nos destins!

Ils sortent tous en désordre. On entend pendant quelques instants encore le bruit de la musique guerrière et des cris tumultueux qui s’éloignent.

DEUXIÈME TABLEAU
La plaine d’Alcazar-Quivir après la bataille. A gauche, un rocher. Au fond, on voit étendus sur le sable les corps des chrétiens et des musulmans, des armes, des débris, etc.

SCÈNE CINQUIÈME
Dom Sébastien, entouré de quelques officiers portugais, blessés comme lui. Épuisé par la perte de son sang, il est soutenu par Dom Henrique, et tient encore à la main la poignée d’un sabre brisé.

Dom Sébastien
Une épée, une épée!…

Dom Henrique
Hélas! Tout est perdu!

Dom Sébastien
(avec égarement)
Sauvons le Camoëns, sur le sable étendu.

Dom Henrique
Ne songez qu’à vous, sire!
(aux autres seigneurs portugais)
A leur rage inhumaine
Dérobez notre roi que je soutiens à peine!

Dom Sébastien
(tombant presque évanoui au pied du rocher)
Ah! laissez-moi… Fuyez!

Dom Henrique
(entendant les Arabes qui s’avancent)
Ils viennent! Les voici!
(faisant signe aux officiers de déposer le roi au pied du rocher)
Là!… Près de cette roche!… Et nous, mourons ici!

SCÈNE SIXIÈME
Les mêmes; Abayaldos et les Arabes.

Les Arabes
Victoire! Victoire! Victoire!
Allah du haut du ciel
A proclamé la gloire
Des enfants d’Ismaël!
Ni pitié, ni clémence!…
Que le fer menaçant
Serve notre vengeance,
Et s’abreuve de sang!

Les Portugais
Trahis par la victoire,
Dans notre sort cruel,
Il nous reste la gloire,
De mourir pour le ciel!
Soutiens-nous, Dieu puissant!
Céleste récompense
Près de toi nous attend!

Abayaldos
Des ennemis vaincus les corps jonchent la plaine,
Le roi, qui sous nos coups sanglant était tombé,
Au destin qui l’attend s’est ici dérobé!
Sébastien est à nous, c’est Dieu qui nous l’amène!

Les Arabes
Au nom d’Abayaldos, défenseur de la foi,
Que des derniers chrétiens disparaisse la trace!
Frappons-les!

Dom Sébastien
(se soulevant)
Moi, d’abord!

Abayaldos
(aux Portugais)
Oui, pour vous point de grâce,
Si vous ne me nommez à l’instant votre roi.
Parlez? Lequel de vous est Sébastien?

Dom Sébastien fait un mouvement.

Dom Henrique
(le prévient et dit à voix haute)
C’est moi!
(à voix basse et serrant la main de Dom Sébastien, qui veut par-ler)
Vivez pour eux!… Je meurs!
(il tombe à terre et rend le dernier soupir)

Abayaldos
(debout et le contemplant)
Gisant dans la poussière,
Le voilà donc, ce roi!… Ce héros téméraire,
Qui rêvait en Afrique un empire nouveau!
Il n’y sera venu conquérir qu’un tombeau!
Même après son trépas, esclave en cette terre,
Sa cendre, parmi nous, restera prisonnière!
(aux seigneurs portugais)
Vous, pourtant, j’y consens, jusqu’au dernier séjour,
Accompagnez le prince, objet de votre amour!…

On emporte le corps de Dom Henrique, et sur un gest d’Abayaldos les seigneurs portugais le suivent.

Les Arabes
Victoire! Victoire! Victoire!
Allah du haut du ciel
A proclamé la gloire
Des enfants d’Ismaël!…
Ni pitié, ni clémence!…
Que le fer menaçant
Serve notre vengeance,
Et s’abreuve de sang!

Ils sortent tous.

SCÈNE SEPTIÈME
Dom Sébastien, évanoui au pied du rocher, Zayda, qui entre mystérieusement et examine avec effroi plusieurs cadavres de soldats et d’officiers portugais qui gisent au fond du théâtre.

Zayda
Il est tombé!… Parmi ces cadavres sanglants;
D’interroger la mort… Oui… J’aurai le courage…
(s’avançant vers le rocher)
De le sauver blessé… Captif… S’il n’est plus temps,
A ses restes du moins j’épargnerai l’outrage!…
Vers lui, Dieu de bonté, guide mes pas tremblants!
(elle s’asseoit un instant sur le rocher)

Dom Sébastien
(toujours sans connaissance)
Henrique!… Camoëns!… Vaincu!

Zayda
Grand Dieux!… Qu’ai-je entendu?
(le reconnaissant)
C’est lui!…
(Zayda fait respirer au roi des sels qui le raniment et elle déchire son voile pour panser ses blessures)
Mon Dieu!… Sa misère est si grande
Qu’elle doit m’absoudre à tes yeux!…
Et ta loi même nous commande
De secourir les malheureux!

Dom Sébastien
(qui peu à peu est revenu à lui)
La lumière m’était ravie!…
La mort allait fermer mes yeux…
Qui donc me rappelle à la vie,
Et me rend la clarté des cieux?…

Zayda
(rappelant le motif de son air du premier acte)
Quand le sort t’abandonne,
Ô le meilleur des rois!…
Pour jamais je te donne
Les jours que je te dois!

Dom Sébastien
(se levant et la regardant)
Lorsque tout m’abandonne…
C’est toi… je te revois!…
L’espoir pour moi rayonne
Aux accents de sa voix!
(la repoussant doucement de la main)
Vouloir sauver mes jours, c’est exposer les tiens,
Va, laisse-moi périr!

Zayda
(avec énergie)
Par le Dieu des chrétiens!
Vous vivrez, sire! Ou nous mourrons ensemble!

Dom Sébastien
(étonné)
Qu’entends-je?

Zayda
(de même)
Roi puissant, je ne t’aurais rien dit!
Mais malheureux, mais errant et proscrit…
Tu sauras tout!… Je t’aime! Et pour toi seul je tremble!

Dom Sébastien
Je n’ai que mon malheur désormais à t’offrir.

Zayda
Qu’importe si pour toi je puis encor mourir!
Si ton sort est le mien!…

Dom Sébastien
Oui, Dieu qui nous rassemble
Ne voudra plus nous désunir!

Zayda
Courage!… O mon roi! Courage!
L’amour inspire ma voix;
Le soleil brille après l’orage,
Et Dieu veille sur les rois!

Dom Sébastien
Oui! Courage! Courage!
Le mien renaît à sa voix;
Le soleil brille après l’orage,
Et Dieu veille sur les rois!

Zayda
Le ciel doit mettre un terme à vos misères;
Bientôt pour vous le beaux jours renaîtront!
Vous reverrez le palais de vos pères,
Et la couronne ornera votre front!

Dom Sébastien
Ange du ciel!… Mon ange tutélaire,
Par toi bientôt mes beaux jours reviendront;
Oui, oui, je veux voir à tes pieds la terre,
Et la couronne éclater sur ton front!

Zayda
Courage! O mon roi! Courage!
L’amour inspire ma voix!
Le soleil brille après l’orage,
Et Dieu veille sur les rois!

Dom Sébastien
Oui! Courage!… Courage!
Le mien renaît à sa voix;
Le soleil brille après l’orage,
Et Dieu veille sur les rois!

On entend au dehors un grand tumulte.

SCÈNE HUITIÈME
Les mêmes; Ben-Selim, Abayaldos et des Arabes, la hache à la main, apercevant Dom Sébastien.

Les Arabes
Du sang! Du sang!… C’est l’ordre du prophète!
Frappons! Frappons! Pour obéir au ciel.
Allah! Allah nous demande sa tête!
Du sang! Du sang! Aux enfants d’Ismaël!

Zayda
(s’élançant d’Abayaldos et de Ben-Selim qui viennent d’entrer et leur montrant Dom Sébastien)
Non! Vous épargnerez celui que je protège!
Si vous m’aimez, sauvez un malheureux!…
(à Abayaldos avec force et fierté)
Je le demande!… Je le veux!

Abayaldos
Et pourquoi vous obéirais-je,
A vous qui repoussez et ma main et mes voeux?

Les Arabes
Du sang! Du sang!… C’est la loi du prophète!
Frappons! Frappons! Pour obéir au ciel.
Allah! Allah! Nous demande sa tête!
Du sang! Du sang!… Aux enfants d’Ismaël!

Ils ont entouré Dom Sébastien; le fer est levé sur sa tête; on va le frapper. Zayda pousse un cri, s’élance devant lui, et lui fait un rempart de son corps.

Zayda
(tremblante d’effroi et s’adressant à Abayaldos)
Eh bien donc!… Ordonnez qu’on épargne sa vie!…
Qu’il puisse encore revoir le ciel de sa patrie!…
(montrant son père et elle)
A nos soins confié, qu’il soit libre par vous,
Et, je le jure ici, vous serez mon époux!

Abayaldos
(étonné)
Quel intérêt si grand?…

Zayda
Sur la rive lointaine,
Je mourais… un chrétien osa briser ma chaîne;
Libre, j’ai fait serment de sauver un chrétien!…
Ce voeu, vous m’aiderez à l’accomplir!…

Abayaldos
(à Dom Sébastien)
Eh bien!
Sois libre!… Va bénir, au sein de ta patrie,
Le nom sacré de celle à qui tu dois la vie!

Zayda
(à voix basse, à Dom Sébastien, qui fait le geste de refuser)
Sire, pour vous sauver j’avais promis mes jours:
Je donne plus encore, et, si je vous suis chère,
Partez, sire, partez!… Sur la rive étrangère,
Mon coeur est avec vous et vous suivra toujours!

Les Arabes
(à Dom Sébastien)
Partez! Partez!… C’est l’ordre du prophète!
(aux esclaves et aux femmes, qui s’avancent avec des guirlandes et des corbeilles de fleurs)
Marchons!… Marchons des combats à l’autel!
De notre chef que le bonheur s’apprête,
Amour et gloire aux enfants d’Ismaël!

Zayda
Pour le sauver, quand mon malheur s’apprête,
Sur lui, mon Dieu, veillez du haut du ciel!

Abayaldos a pris la main de Zayda, qui, pâle et tremblante,
le suit en se soutenant à peine. Le cortège s’éloigne avec
eux.

SCÈNE NEUVIÈME
Dom Sébastien.

Dom Sébastien
(seul, étendu sur le rocher où il est tombé anéanti, regardant autour de lui)
Seul sur la terre,
Dans ma misère,
Je n’ai plus rien!
Amour céleste,
Qui seul me reste,
Est mon soutien!
Oui, lui seul ranime mon âme;
Dans le destin qui m’accable et m’abat,
Il ne me reste rien que l’amour d’une femme,
(avec énergie)
Et le coeur d’un soldat!
(faible et chancelant encore, il s’éloigne)

ACTE TROISIÈME.

PREMIER TABLEAU
Le palais du roi à Lisbonne. Sur les premiers plans la salle du trône. Au fond, une galerie extérieure donnant sur les jardins.

SCÈNE PREMIÈRE
Dom Antonio, couvert de son manteau royal, la couronne en tête et appuyé sur sa main de justice, est debout sur une riche estrade élevée de plusieurs degrés, et reçoit le serment de tous les Grands du royaume. A droite et à gauche, des dames de la cour en brillants costumes. Au fond, des huissiers, des pages, et dans la galerie exté-rieure, des flots de peuple, que de gardes empêchent d’entrer. Juam de Sylva, puis Abayaldos et sa suite.

Juam de Sylva
(s’adressant à Dom Antonio)
Pour éteindre une guerre aux deux pays cruelle,
L’illustre Abayaldos, de Sébastien vainqueur,
Envoyé par son roi, vient en ambassadeur
Proposer un traité d’alliance éternelle!

Sur une marche brillante, paraissent Abayaldos et toute la suite de l’ambassade. Des esclaves portent des présents qu’ils déposent au pied du trône. A côté d’Abayaldos, des seigneurs arabes, des guerriers musulmans, des esclaves et quelques femmes voilées, parmi lesquelles se trouve Zayda. Abayaldos s’avance vers Dom Antonio et lui remet ses lettres de créance.

Abayaldos
Nous apportons ces présents et nos voeux
Au nouveau roi de la Lusitanie;
Puissent, par lui, briller sur sa patrie
Un ciel plus pur et des jours plus heureux!

Dom Antonio
Puissions-nous du passé faire oublier les fautes!
Vous, cependant, soyez mes amis et mes hôtes!
Et jusqu’au jour heureux qui nous promet la paix,
Daignez pour votre asile accepter mon palais!

Abayaldos s’incline en signe d’acceptation. Dom Antonio descende de son trône et s’éloigne avec Juam de Sylva et les seigneurs qui l’entourent.

SCÈNE DEUXIÈME
Abayaldos, resté avec quelques esclaves, leur fait signe de s’éloigner et retient par la main Zayda qui allait les suivre.

Abayaldos
(regardant autour de lui)
Nous sommes seuls!

Zayda
(levant son voile)
Hélas! Sur la terre africaine,
Seigneur, que ne me laissez-vous?
Pourquoi sur cette rive étrangère et lointaine
M’avoir forcée à suivre mon époux?

Abayaldos
(avec une fureur concentrée)
C’est qu’en tous lieux, comme une esclave,
Nuit et jour tu suivras mes pas!
Ce coeur perfide qui me brave
Ainsi ne me trahira pas!

Zayda
D’où viennent ces transports et cette frénésie!…
Quand je vous ai donné ma main, mon coeur, ma vie?…

Abayaldos
Oui, j’ai reçu ta main, oui, j’ai reçu ta foi!
Mais ton coeur, Zayda, ne fut jamais à moi!
En tous lieux et comme une esclave,
Nuit et jour tu suivras mes pas!
Ce coeur perfide qui me brave
Ainsi ne me trahira pas!

Zayda
Frappez donc, la mort que je brave
Moins que vous est cruelle, hélas!
Prenez pitié de votre esclave,
Qui vous demande le trépas!

Abayaldos
Les larmes qu’en secret sans cesse tu répands…

Zayda
Attestent la douleur! Non le crime…

Abayaldos
Tu mens!
Une nuit, Zayda, près de toi qui m’es chère,
Pensif, je veillais!… Toi, dans un rêve adultère,
Tu murmurais un nom… Qui n’était pas le mien!

Zayda
Moi! Grand Dieu!

Abayaldos
Ce chrétien!… C’en est un…
(avec rage)
Ce chrétien,
Je l’atteindrai!… Fût-ce au bout de la terre!

Zayda
(vivement)
Et s’il n’est plus!

Abayaldos
Mon amour offensé,
Même après le trépas, est jaloux du passé!
Mais non… Non!…
En vain pour le soustraire
A ma juste colère,
Ton coeur perfide espère
Me tromper, me fléchir…
Oui… Je veux, par vengeance,
Croire à son existence…
Rien qu’à cette espérance
Mon coeur bat de plaisir.

Zayda
(à part)
Dieu seul en qui j’espère,
Dieu si longtemps sévère,
Par mes pleurs, ma prière,
Laissez-vous attendrir!
Et si c’est une offense
D’avoir, dans ma souffrance,
Gardé sa souvenance…
C’est moi qu’il faut punir!
(haut, élevant la main vers le ciel)
Ah! Croyez-en du moins à ce serment suprême…

Abayaldos
Non! Vos serments ne sauraient m’attendrir,
Je n’ai plus confiance à présent qu’en moi-même!
A ces yeux, pour tout voir…
(montrant son poignard)
A ce fer… Pour punir!
Ne crois pas le soustraire
A ma juste colère;
En vain ton coeur espère
Me vaincre ou me fléchir!
Je veux, dans ma vengeance,
Croire à son existence…
Et ma seule espérance
Sera de le punir!

Zayda
(à part)
Dieu seul en qui j’espère,
Dieu, si longtemps sévère,
Par mes pleurs, ma prière,
Laissez-vous attendrir!
Et si c’est une offense
D’avoir, dans ma souffrance,
Gardé sa souvenance…
C’est moi qu’il faut punir!

Des seigneurs du palais entrent et montrent à Abayaldos les appartements à droite, qui sont les siens. Il y entre avec Zayda.

ACTE TROISIÈME

DEUXIÈME TABLEAU
La principale place de Lisbonne. A gauche, la façade de la cathé-drale. Au fond et à droite, plusieurs rues qui aboutissent à la place. Il fait nuit. Un soldat blessé et marchant avec peine sort d’une des rues à droite et s’avance lentement sur la place publique dont il regarde en silence les principaux édifices.

SCÈNE TROISIÈME
Camoëns.

Camoëns
(seul)
O ma patrie!
Un de tes fils, pauvre et sanglant,
Touche enfin ta rive chérie!…
Et tous les malheurs de ma vie,
Je les oublie en te voyant,
O ma patrie!…
De ma patrie
L’aspect touchant et solennel
Ranime mon âme affaiblie;
Et si je dois perdre la vie,
Je mourrai du moins sous le ciel
De ma patrie!

SCÈNE QUATRIÈME
Camoëns; une ronde de soldats traversant la rue.

Les Soldats
Qui vive?…

Camoëns
(avec joie)
Un exilé qui revoit sa patrie!
Un soldat qui revient d’Afrique…

Un des Soldats
(à demi-voix)
Sur ta vie,
Tais-toi, mon camarade, et disparais soudain!
Notre nouveau monarque a peu de sympathie
Pour tout ce qui revient du rivage africain!
(part)

SCÈNE CINQUIÈME
Camoëns.

Camoëns
(seul)
O noble Sébastien, généreuse victime,
Après toi, pensais-tu que ton vil successeur
De notre sang versé nous ferait même un crime?
(regardant autour de lui)
Rien!… Et blessé!… Que faire?
(après un instant de silence et avec désespoir)
O honte!… O déshonneur!
Il faut donc que ce bras, qui sut porter le glaive,
Vers la richesse altière en suppliant se lève!…
Camoëns mendiant!… Allons…
(portant la main sur sa poitrine)
Tais-toi, mon coeur!
(regardant au ciel)
Et vous, nuit, de mon front dérobez la rougeur.

SCÈNE SIXIÈME
Camoëns; un homme, enveloppé d’un manteau, s’avance vers la place. Camoëns l’aperçoit malgré l’obscurité, s’approche de lui, défait son casque et le lui présente.

Camoëns
(tendant son casque)
C’est un soldat qui revient de la guerre;
La main qu’il tend fut blessée au combat!
Il vous demande, ainsi que Bélisaire…
Riche, donnez l’obole au vieux soldat!

Dom Sébastien
Ainsi que toi, je reviens de la guerre,
Ainsi que toi, blessé dans le combat,
J’ai rapporté la gloire et la misère,
Le seul partage, hélas! du vieux soldat!
Oui, comme toi, frère, je suis soldat!

Camoëns
(lui prenant la main)
Ta main! Ta main dans celle du soldat!

Tous les deux se pressent la main et s’asseyent sur un banc de pierre à droite.

(interrogeant avec intérêt)
Tu fus blessé?…

Dom Sébastien
Dans les champs d’Alcazar!

Camoëns
(de même)
Tu combattais?…

Dom Sébastien
Près de notre étendard!

Camoëns
(de même)
Auprès du roi?…

Dom Sébastien
Je ne l’ai point quitté!

Camoëns
Ni moi non plus!…
(se levant et s’animant)
Debout à son côté,
Frappé!… Laissé pour mort!… O fatale défaite!

Dom Sébastien
(s’animant aussi et l’écoutant avec intérêt)
Qui donc es-tu?

Camoëns
Son ami! Son poëte,
Qui voudrait vivre encore pour chanter ses exploits
Et les rendre immortels!

Dom Sébastien
(poussant un cri)
Camoëns!

Camoëns
(ému)
Cette voix!…
Non… Non… C’est un erreur…
(cherchant à le reconnaître dans l’ombre)
Du roi que je regrette,
Ce ne sont point les traits.

Dom Sébastien
Changés par le malheur…
(lui ouvrant les bras)
Mais là, du moins… Là c’est toujours son coeur.

Camoëns
(se jetant dans ses bras)
O jour de joie! O jour d’ivresse!
C’est lui… que sur mon coeur je presse.
Vers toi, mon Dieu! Rappelle-moi!
Je puis mourir! J’ai vu mon roi!
(criant à haute voix)
Vive le roi!…

Dom Sébastien
Dernier jour de joie et d’ivresse!
Seul ami que le ciel me laisse!
Je retrouve, moi qui fus roi,
Un coeur qui bat encore pour moi!
(lui imposant silence)
Tais-toi! Tais-toi!
(à demi-voix)
Un oncle ambitieux, avide du pouvoir,
Sur mon trône vacant s’est hâté de s’asseoir.
Il compte sur ma mort et la rendrait réelle
S’il en pouvait douter…

Camoëns
Mais tous vos courtisans?…

Dom Sébastien
La fortune me fuit… Ils feront tous comme elle!

Camoëns
Mais vos soldats du moins…

Dom Sébastien
Sont mes seuls partisans!
Par eux d’abord il faut me faire reconnaître.

Camoëns
Ils vous reconnaîtront, croyez-en mes serments.
Je leur crierai: c’est notre maître!
C’est lui! C’est lui!… Mes amis, croyez-moi!
O jour de joie! O jour d’ivresse!
Retentissez, chants d’allégresse!
O mon pays! Relève-toi,
Dieu te rend ta gloire et ton roi.
(criant à haute voix)
Vive le roi!

Dom Sébastien
Dernier jour de joie et d’ivresse!
Seul ami que le ciel me laisse!
Je retrouve, moi qui fus roi,
Un coeur qui bat encor pour moi!
(lui imposant silence)
Tais-toi! Tais-toi!

On entend dans le lointain les sons d’une musique funèbre. Dom Sébastien et Camoëns s’arrêtent étonnés.

Camoëns
Quels sont ces sinistres accents?

Dom Sébastien
Les funèbres honneurs, qu’en son deuil hypocrite,
Le nouveau roi vient rendre au roi dont il hérite.

Camoëns
(regardant vers la droite)
Oui, Dom Antonio, suivi de tous les grands!

SCÈNE SEPTIÈME
Dom Sébastien, Camoëns, à droite, enveloppés de leurs manteaux. Marche, cortège funèbre aux flambeaux. Paraissent des compagnies de soldats et de marins, puis des magistrats, des inquisiteurs, des seigneurs, des dames de la cour. Vient ensuite le char, couvert d’insignes royaux, des armes de Portugal et d’ornements funéraires, suivi du cheval de bataille de Dom Sébastien. Puis paraissent Dom Antonio et Juam de Sylva, au milieu de toute la cour, portant des manteaux de deuil. Des valets de pied les escortent avec d’innombrables flambeaux. Le peuple arrive par toutes les rues qui donnent sur la place et se presse autour du convoi. Vers la fin de la scène paraissent Abayaldos et sa suite.

Le Choeur
Sonnez, clairons funèbres,
Roulez, sombres tambours!
Évoquez des ténèbres
L’ange des derniers jours!
Du Dieu qui tient la foudre
Qu’il proclame les lois,
Lui qui réduit en poudre
La majesté des rois!
Sonnez, clairons funèbres,
Roulez, sombres tambours!
Évoquez des ténèbres
L’ange des derniers jours!

Le char s’est arrêté au milieu du théâtre. Juam de Sylva, Dom Antonio et tous les grands de la cour sont entrés dans la cathédrale.

Trois Inquisiteurs
(se tournant vers le peuple)
Au nom d’un Dieu vengeur, peuple, écoutez-moi!
(montrant le catafalque)
D’un monarque imprudent déplorons la folie;
Courbons-nous sous la main du Dieu qui le châtie.

Camoëns
Je ne souffrirai pas qu’on outrage mon roi!
Venez défendre sa mémoire,
Malheureux dont il fut l’appui;
Soldats, ses compagnons de gloire,
Venez tous, et pleurez sur lui!
Le sort a trahi sa vaillance;
Il est tombé, mais en héros.
Du pays pleurons l’espérance,
Pleurons l’honneur de nos drapeaux.

Le Choeur
Du pays pleurons l’espérance,
Pleurons l’honneur de nos drapeaux!

Juam de Sylva et Dom Antonio sortent de l’église à gauche, au moment où Abayaldos et la suite de l’ambassade entrent par la droite.

Juam de Sylva
Qui trouble de ce jour la pompe solennelle?

Camoëns
Un soldat, un poëte, un Portugais fidèle,
Esclave de sa foi, sans peur et sans espoir,
Qui chante le malheur et non pas le pouvoir!

Juam de Sylva
Parmi nous qui t’amène,
Pour fomenter encore la discorde et la haine?
(aux soldats)
Entrainez-le malgré ses amis imprudents.
(montrant Dom Antonio)
Allez, le roi l’ordonne!

Dom Sébastien
(s’avançant)
Et moi je le défends!

Tous
(avec étonnement)
Le roi!

Camoëns
(avec force)
Votre vrai roi!

Abayaldos
(à part, regardant Dom Sébastien)
Lui!… Le roi!… Quel mystère?
Celui que Zayda ravit à ma colère!…

Dom Sébastien
(s’avançant au milieu du théâtre)
Mes amis, mes sujets… C’est moi, c’est votre roi!
Oui, oui! Malgré ses traits changés par la souffrance,
C’est votre roi, de qui la Providence,
Après tant de malheurs, a permis le retour!

Le Peuple
Vive le roi! Notre orgueil, notre amour!

Abayaldos
(s’avançant au milieu du théâtre)
Et moi, j’ai de mes mains, peuple, je vous le jure,
A votre roi vaincu donné la sépulture.
Dans les champs d’Alcazar ont fini ses destins,
Et sa cendre repose aux sables africains!

Les officiers de sa suite étendent la main, et font le même serment.

(montrant Dom Sébastien)
Mais celui-ci, qui veut passer pour votre maître,
Sauvé par ma pitié, par trahison peut-être,
N’est qu’un fourbe!

Juam de Sylva et Dom Antonio
Qui veut en vains vous abuser!

Dom Sébastien
D’une indigne imposture avant de m’accuser
(à l’inquisiteur)
Regardez-moi, Dom Juam!
(à Dom Antonio)
Regardez-moi bien, sire.

Dom Antonio
(aux inquisiteurs)
A vous de châtier son criminel délire
Faites votre devoir!

Juam de Sylva
Peuple!… N’en doutez pas!
Ce musulman l’a dit! C’est un infame, un traître.

Camoëns
Ah! ses soldats du moins sauront le reconnaître.

Abayaldos
(à part)
Et toi qui prétendais l’arracher au trépas!
Zayda, j’épierai tes desseins et tes pas!

Les Inquisiteurs
Il faut qu’il périsse!
Qu’un juste supplice,
A jamais flétrisse
(montrant Dom Sébastien et ses partisans)
Le crime et l’erreur!
Et toi, Dieu suprême,
Que sa voix blasphème,
Lance l’anathème
Sur cet imposteur!

Camoëns
(excitant le peuple)
Aux armes!… De ses jours c’est à nous de répondre!

Dom Sébastien
Point de sang, mes amis! Je saurai les confondre!

Juam de Sylva
Arrêtez, imprudents! Ce n’est pas en ce lieu
Que peut absoudre ou punir la justice.
L’accusé, désormais, est sous la main de Dieu,
Et nous le réclamons au nom du Saint-Office!

Les Inquisiteurs
Il faut qu’il périsse!
Qu’un juste supplice,
A jamais flétrisse
Le crime et l’erreur!
Et toi, Dieu suprême,
Que sa voix blasphème,
Lance l’anathème
Sur cet imposteur!

Le convoi se remet en marche. On entraine Dom Sébastien par la droite, et Camoëns, épuisé par ses efforts, tombe sans connaissance dans les bras de ceux qui l’entourent.

ACTE QUATRIÈME

Une salle de l’Inquisition à Lisbonne.

SCÈNE PREMIÈRE
Les inquisiteurs entrent lentement et de différents côtés. Ils sont tous masqués. A gauche, en forme circulaire, faisant presque face au spectateur, une estrade surmontée d’un dais et élevée de quelques degrés, où sont les sièges du tribunal. Au fond, sur une table, des instruments de torture, des brasiers que l’on allume et près desquels se tiennent debout les tortionnaires vêtus de rouge et les bras nus. A droite, des membres du Saint-Office également masqués et assis dans des stalles de chêne. Debout derrière eux, et autour de la salle, des familiers et des gardes du Saint-Office. Juam de Sylva.

Le Choeur
O voûtes souterraines!
Sombre séjour des peines,
Cachez le bruit des chaînes,
Et le glaive sanglant!
Que rien ne retentisse
En ce saint édifice,
Que la voix du supplice,
Et le cri du mourant!

Juam de Sylva
(suivi des principaux inquisiteurs)
Membres du Saint-Office,
Qu’au gré de son caprice,
Notre loi vous choisisse
Pour juges ou bourreaux.
Adorant sa justice
Que chacun obéisse,
Et que nul ne trahisse
Le secret des cachots!

Tous
(étendant la main)
Nous le jurons!!

Le Choeur
O voûtes souterraines!
Sombre séjour des peines,
Cachez le bruit des chaînes,
Le glaive sanglant!
Que rien ne retentisse
En ce saint édifice,
Que la voix du supplice,
Et le cri du mourant!

SCÈNE DEUXIÈME
Les mêmes; Dom Sébastien; un inconnu. Paraissent plusieurs familiers du Saint-Office, tous vêtus de noir et masqués; l’un d’eux, qui regarde avec étonnement et curiosité autour de lui, remet une bourse pleine d’or à l’un de ses compagnons. Celui-ci se hâte de la cacher en recommandant à l’inconnu de ne pas le trahir. L’inconnu se tient debout à gauche au milieu d’un groupe de familiers, pendant que d’autres officiers du Saint-Office amènent par la droite Dom Sébastien.

Juam de Sylva
(adressant la parole à Dom Sébastien)
Toi qui, par un mensonge impie et téméraire,
Venais semer chez nous la discorde et la guerre,
Quel est ton nom?

Dom Sébastien
(se couvrant)
Avant de répondre, dis-moi
Qui t’a permis d’interroger ton roi!
(se retournant avec noblesse vers l’assemblée)
Je le suis!… Je l’atteste! Et ne peux reconnaître
A vous, sujets, le droit de juger votre maître!

Juam de Sylva
Réponds!

Dom Sébastien
Permis à vous, qui m’osez enchaîner…

Juam de Sylva
De te condamner…

Dom Sébastien
Non! Mais de m’assassiner…

Juam de Sylva
C’est s’avouer coupable!

Dom Sébastien
(se levant)
Et ton orgueil m’enseigne
Qu’en effet je le fus, et d’un crime bien grand;
C’est d’avoir, sous mon règne,
Laissé vivre un seul jour ce tribunal de sang!
(se rasseyant)
Je ne répondrai plus!

Juam de Sylva
Le cours de la justice
Au gré de l’accusé serait-il suspendu?
Un témoin se présente et doit être entendu!
(montrant Dom Sébastien)
Il prétend démasquer la ruse et l’artifice,
Qu’il vienne!

SCÈNE TROISIÈME
Les mêmes; Zayda, à qui Juam de Sylva fait signe de lever son voile.

Dom Sébastien
Zayda!… Grands Dieux!

Tous
Une femme!…

Juam de Sylva
(la regardant)
Oui, ces traits ont déjà, je crois, frappé mes yeux!

Tous
Une femme en ces lieux!

Zayda
Qu’importe! Si, par cette femme,
La sainte vérité pénètre dans votre âme?
Vous fûtes abusés!… Celui qu’Abayaldos
A vu tomber sur le sable d’Afrique
Était le noble Dom Henrique,
Pour son maître mort en héros!

L’Inconnu
(à droite et d’une voix sourde)
C’est une imposture!

Zayda
(se retournant)
Quelle voix retentit sous cette voûte obscure?

Juam de Sylva
(à Zayda)
Si tu dis vrai, d’où vient cette terreur?

Zayda
(se retournant vers le tribunal)
Votre roi fut sauvé!… Sauvé par une femme
Qui l’aimait!

Dom Sébastien
(avec émotion)
Noble coeur!
(voulant l’interrompre)
Zayda!…

Juam de Sylva
Contre nous c’est une indigne trame.

L’Inconnu
C’est un mensonge!

Zayda
(avec chaleur)
Eh bien! J’en jure par mon âme!
Cette étrangère, cette femme,
Qui du trépas a sauvé votre roi,
C’est moi!… Je l’atteste! C’est moi.

Tous
(se levant)
O ciel!

L’Inconnu
O fureur!

Juam de Sylva
O blasphème!
(se levant et descendant vers les autres inquisiteurs qui semblent ébranlés)
Arrêtez!… Des serments que le ciel a maudits
Par le fils du vrai Dieu ne sauraient être admis!
Oui, reconnaissez-la, seigneurs, c’est elle-même
Qui reçut dans ces lieux l’eau sainte du baptême!
Oui, ce coeur apostat qui renia son Dieu
A renié le nôtre, et condamnée au feu…

Zayda
Le roi me pardonna!

Juam de Sylva
Notre ancien roi, par grâce,
L’exila de nos murs… Et sous peine de mort
Elle y rentre aujourd’hui; décidez de son sort;
Jugez quel châtiment mérite son audace!…

Les Inquisiteurs
(au fond du théâtre)
Je la condamne au feu
Comme maudite au ciel et maudite sur terre,
Comme impie et relapse!

L’Inconnu
(sur le devant du théâtre, se démasquant)
Et moi comme adultère!

Zayda et le Choeur
Grand Dieu!

Abayaldos
Par ton esclave instruit de tes projets
J’ai voulu de ta bouche entendre tes forfaits.

Il veut la frapper de son poignard, les familiers du Saint-Office le lui arrachent et l’entourent.

Abayaldos
Va, parjure! Épouse impie!
Toi, l’opprobre de ma vie,
Au supplice, à l’infamie
Je te livre sans regrets!
Qu’ils prononcent ta sentence,
Qu’ils punissent mon offense!
Le mépris est ma vengeance;
Sois maudite pour jamais!
Sous le fer musulman indigne de périr,
Je laisse à ces chrétiens le soin de te punir!

Juam de Sylva
Adultère et sacrilège!…
Pour frapper qu’attendez-vous?
Nul ici ne la protège,
Ni son Dieu, ni son époux!

Dom Sébastien
Ah! n’immolez que moi! Pitié! Pitié pour elle.

Zayda
A Dieu seul j’en appelle,
Que Dieu juge entre nous!

Abayaldos
Va, parjure! Épouse impie!
Toi, l’opprobre de ma vie,
Au supplice, à l’infamie
Je te livre sans regrets!
Qu’ils prononcent ta sentence,
Qu’ils punissent mon offense!
Le mépris est ma vengeance;
Sois maudite pour jamais!

Tous
Va, parjure! Épouse impie!
Dans l’opprobre et l’infamie,
Tu dois achever ta vie;
Les bourreaux pour toi sont prêts!
Tu l’entends, à ta sentence,
Ton époux souscrit d’avance,
Le mépris est sa vengeance…
Sois maudite et pour jamais!

Zayda
(s’élançant au milieu d’eux)
Eh bien! Et devant vous puisqu’un époux lui-même
M’abandonne à la mort et dégage ma foi,
(montrant le roi)
Eh bien! Oui, je l’aime, je l’aime,
Lui!… Le roi Sébastien!
(aux inquisiteurs)
Car c’est bien votre roi!
Et lorsqu’en face de Dieu même
Je brave ici pour lui la mort et l’anathème,
Parlez… De mensonge et d’erreur
Qui pourrait accuser mon coeur?

Abayaldos
Imposture!… Elle veut donner un diadème
Non pas à Sébastien, mais à celui qu’elle aime!

Juam de Sylva, Abayaldos et les Inquisiteurs
Que le bûcher s’élève,
Que leur destin s’achève,
Par la flamme et le glaive
Punissons-les tous deux!
Que Dieu dans sa colère
Les réduise en poussière!
Qu’ils soient maudits sur terre
Et maudits dans les cieux!

Zayda et Dom Sébastien
Par la flamme et le glaive
Que mon destin s’achève!
Vers toi, mon Dieu, j’élève
Et mon coeur et mes voeux!
Pour braver leur colère
En ta bonté j’espère!
La vengeance est sur terre,
La clémence est aux cieux!

Dom Sébastien
Et vous ne craignez pas le jour de la vengeance!
Le peuple entier se lève!… Il m’appelle…
Écoutez!

Juam de Sylva
Vain espoir! Les bourreaux châtiront l’insolence
Des chrétiens contre nous… contre Dieu révoltés!

Juam de Sylva, Abayaldos et les Inquisiteurs
Que le bûcher s’élève,
Que leur destin s’achève,
Par la flamme et le glaive
Punissons-les tous deux!
Que Dieu dans sa colère
Les réduise en poussière!
Qu’ils soient maudits sur terre
Et maudits dans les cieux!

Zayda et Dom Sébastien
Par la flamme et le glaive
Que mon destin s’achève!
Vers toi, mon Dieu, j’élève
Et mon coeur et mes voeux!
Pour braver leur colère
En ta bonté j’espère!
La vengeance est sur terre,
La clémence est aux cieux!

On entraine Zayda et le roi, chacun d’un côté différent.

ACTE CINQUIÈME

PREMIER TABLEAU
Une tour attenant aux prisons de l’Inquisition. Portes au fond et à droite. A gauche, une croisée avec un balcon. A droite, une table.

SCÈNE PREMIÈRE
Juam de Sylva, Don Luis, envoyé d’Espagne.

Juam de Sylva
(assis près de la table à droite)
Ainsi les Espagnols s’avancent?

Don Luis
(debout près de lui)
Dès ce soir
Le duc d’Albe sera sous les murs de Lisbonne.

Juam de Sylva
Et ton maître m’assure en ces lieux le pouvoir?

Don Luis
Si vous… vous assurez sur son front la couronne!

Juam de Sylva
Dis à Philippe Deux qu’il compte sur ma foi,
Il sera dans ces murs ce soir proclamé roi!

Don Luis
Mais pour régner sans obstacle et sans crime
Il lui faudrait, aux yeux des Portugais,
L’apparence du moins d’un titre légitime.

Juam de Sylva
Il l’obtiendra. Je réponds du succès!

Don Luis sort.

SCÈNE DEUXIÈME
Juam de Sylva, Zayda. Sur un geste de Juam de Sylva, Zayda est amenée de la porte à droite par des gardes qui se retirent.

Juam de Sylva
Tes jours et ceux de ton complice
Sont en mes mains!

Zayda
Ordonne mon supplice!

Juam de Sylva
(froidement)
Et si je consentais à ton pardon?…

Zayda
De toi,
Je le refuserais!

Juam de Sylva
(de même)
Si je sauvais la vie
De celui-là que tu nommais le roi?…

Zayda
(vivement)
Le sauver!… Lui! Parle! Je t’en supplie,
Que faire?

Juam de Sylva
(prenant sur la table et lui remettant un rouleau cacheté)
L’engager à signer cet écrit.

Zayda
(étonnée)
Cet écrit!…

Juam de Sylva
Qu’il le signe… Et moi-même,
Bravant du nouveau roi l’autorité suprême,
Je sauverai ses jours, sinon…

Zayda
(l’interrompant)
Donne, il suffit!

Juam de Sylva
(d’un air menaçant)
A dix heures… Ta mort!…
(Juam de Sylva sort)

SCÈNE TROISIÈME
Zayda.

Zayda
(seule)
Quel espoir vient s’offrir!
Moi, le sauver… le sauver, ou mourir…
Mourir pour ce qu’on aime,
Ah! c’est un bien suprême!
Mais sauver ses jours précieux,
C’est le bonheur des dieux!
O moment plein de charmes,
Désormais plus d’alarmes!
Le bonheur fait couler les larmes
Qui tombent de mes yeux.

SCÈNE QUATRIÈME
Zayda, Dom Sébastien.

Zayda
Le voici!

Dom Sébastien
(courant à elle)
Zayda!
Comment dans ma misère
Ai-je pu te revoir?
Quel ange de lumière
Vient me rendre l’espoir?…

Zayda
Pour finir sa misère,
Je puis enfin le voir,
Quel ange de lumière
Vient me rendre l’espoir?…

Dom Sébastien
Dans la fureur qui les anime,
Quel bonheur peut nous rassembler?

Zayda
Vos ennemis, devant leur propre crime,
S’arrêtent, sire, et paraissent trembler!
Oui, prêts à briser votre chaîne,
Ils vont tomber aux genoux du proscrit,
Si de votre main souveraine
Vous daignez signer cet écrit.
Lisez!

Dom Sébastien
(qui a brisé le cachet)
Grands Dieux! On veut me rendre indigne
De ma race et de sa splendeur,
De ma main l’on veut que je signe
Mon opprobre et mon déshonneur!

Zayda
Qu’entends-je?

Dom Sébastien
Zayda, sais-tu ce qu’on ordonne?
(avec ironie)
On consent à me délivrer…

Zayda
Eh bien!

Dom Sébastien
Pourvu que j’abandonne
Au roi Philippe Deux mes droits et ma couronne!

Zayda
Non, non! Mieux vaut mourir que se déshonorer!

Dom Sébastien
Son âme noble et fière
A compris ma fureur.
Vainement on espère
Insulter mon malheur!
On pourra par le crime
Me ravir mes sujets,
Écraser la victime,
Mais l’avilir… jamais!

Zayda
Son âme noble et fière
Sait comprendre mon coeur,
Vainement on espère,
Insulter au malheur!
On pourra par le crime
Lui ravir ses sujets,
Écraser la victime,
Mais l’avilir… jamais!

Dix heures sonnent. On entend à la porte du fond.

Voix
(au dehors)
Zayda! Zayda! Voici la dixième heure!

Zayda
(poussant un cri et s’adressant au roi)
Déjà! Partons… Adieu!…

Dom Sébastien
(voulant la suivre)
Ciel!… Où vas-tu?

Zayda
(le repoussant)
Demeure!

Dom Sébastien
Où vas-tu? Quel bruit sous mes pas!
(regardant par la porte du fond)
Que vois-je! Les bourreaux!… Quelle horrible lumière!
Ah! dans leur fureur sanguinaire,
De mon refus c’est toi qu’ils vont punir!

Zayda
Qu’importe, il est un Dieu qui doit nous réunir.

Dom Sébastien
Tu ne sortiras pas!… Il a trouvé, l’infâme!
Le moyen de briser mon âme.
Moi souscrire à ta mort!
Vain espoir, vain effort,
Tu dois vivre!
Ou, quel que soit ton sort,
Je veux le suivre!
(il court à la table et veut signer)

Zayda
(se jetant au-devant de lui)
Eh bien! Si mes prières,
Si la voix du devoir,
Si le nom de vos pères,
Sont sur vous sans pouvoir,
Accomplissez ce sacrifice
Et signez ce pacte infamant!
Mais je n’en serai pas complice,
Et dans les flots je m’élance à l’instant!

Dom Sébastien
(la retenant)
Zayda!…

Zayda et Dom Sébastien
Vain espoir, vain effort,
Tu dois vivre!
Ou, quel que soit ton sort,
Je veux le suivre!

A la fin de ce morceau, la porte du fond s’ouvre, et l’on aperçoit les inquisiteurs qui viennent chercher Zayda. Celle-ci s’élance au-devant d’eux. Pendant ce temps, le roi, qui est près de la table, signe le papier et le présente aux inquisiteurs. La porte se referme. Zayda, désespérée, veut s’élancer par la fenêtre. On entend au dehors un air de barcarolle.

Dom Sébastien
(retenant Zayda)
Écoutez!

Camoëns
(en dehors)
Pêcheur de la rive,
La nuit
Te sourit;
La brise est captive,
Tout dort
Dans le port.
Et pleins d’espérance,
Courbés sur les flots,
Ramez en silence,
Braves matelots!

Dom Sébastien
C’est Camoëns!

Camoëns
(en dehors)
Pêcheur intrépide,
Au pied de ce mur,
La vague est limpide,
Le succès est sûr!
Qu’un chant d’espérance
Monte à ces créneaux…
Ramez en silence,
Braves matelots!

Zayda
O fidèle sujet!

Dom Sébastien
Camoëns!

SCÈNE CINQUIÈME
Les mêmes; Camoëns, paraissant à la fenêtre, à gauche.

Camoëns
Du silence!
Les destins sont changés; renais à l’espérance,
Ô mon maître!… A ma voix, tout un peuple indigné
Pour délivrer son roi vers ces remparts s’élance!

Zayda
Et ce titre… Il l’abdique… Oui, sa main l’a signé…
Pour préserver mes jours!…

Camoëns
(avec indignation)
Ah! promesse usurpée!…
Qu’arrache la contrainte et que brise l’épée!
(au roi)
De garde à cette tour, un de tes vieux soldats
T’offre, pour te sauver, et son coeur et son bras.

Zayda
Oui, la victoire ou le trépas!

Camoëns, Dom Sébastien et Zayda
(à demi-voix)
De la prudence et du mystère,
Du sort nous braverons les coups;
Car Dieu nous guide et nous éclaire,
Et l’amitié veille sur nous!

Camoëns
A ce balcon, une échelle attachée…
Et du pied de la tour une barque approchée,
Vont nous conduire à l’autre bord,
Auprès de nos amis!… Partons!

Zayda
(les retenant)
Non, pas encore!

Camoëns
Qu’avez-vous?

Zayda
(écoutant)
Du silence… Il me semblait…

Camoëns
Eh bien?

Zayda
(montrant la porte à droite)
Que l’on marchait de ce côté.

Camoëns
Non… Rien!

Camoëns, Dom Sébastien et Zayda
De la prudence et du mystère,
Du sort nous braverons les coups;
Car Dieu nous guide et nous éclaire,
Et l’amitié veille sur nous!

Ils disparaissent par le balcon à gauche.

DEUXIÈME TABLEAU
Une vue de Lisbonne. En face un large bastion derrière lequel s’étend la mer immense. A droite, une tour élevée; au haut de la tour un balcon auquel est attachée une échelle de corde. Cette échelle descend depuis le haut de la tour jusqu’à la mer, en longeant le bastion. A gauche, sur le premier plan, un édifice sur lequel est écrit: Hôpital de la Marine. A droite l’entrée de la tour. Il fait nuit, mais la lune éclaire le théâtre.

SCÈNE SIXIÈME et Dernière
Zayda et Camoëns, qui viennent de descendre par l’échelle de corde, se sont arrêtés sur le bastion et attendent Dom Sébastien qui descend après eux. La barque qui doit les recevoir est au pied de la tour, mais on n’en voit que le mât au-dessus du bastion; puis, Dom Antonio, Abayaldos, et Juam de Sylva; matelots, soldats, peuple, inquisiteurs.

Camoëns
(à Dom Sébastien qui vient de sauter à côté d’eux)
A moitié du chemin ces remparts sont placés…
Continuons!…
(Zayda met de nouveau le pied sur les échelons: Camoëns l’arrête)
Non pas!…
(à Dom Sébastien en lui montrant, du haut du bastion, Dom Antonio et Abayaldos qui sortent en ce moment par la porte qui est au pied de la tour)
Je crois qu’on marche, sire.

Dom Antonio et Abayaldos entrent ensemble sur le théâtre.

Abayaldos
(à Dom Antonio, avec chaleur)
Oui! Pour les délivrer, on s’agite, on conspire!

Dom Antonio
(froidement)
Le grand inquisiteur vient de nous en instruire!

Abayaldos
(vivement)
Et Camoëns est leur chef!

Dom Antonio
(de même)
Je le sais!

Abayaldos
Des soldats de la tour se sont laissé séduire.

Dom Antonio
(de même)
Je le sais!

Abayaldos
(avec impatience)
Mais tous deux vont fuir?

Dom Antonio
Je le désire!

Abayaldos
Et pourquoi?

Dom Antonio
(lui faisant lever les yeux sur le bastion)
Regardez!…

Après avoir écouté un instant, Camoëns a fait signe à Dom Sébastien qu’il n’y a pas de danger et qu’ils peuvent continuer leur route. Zayda et Dom Sébastien se sont remis à descendre.

Abayaldos
(les apercevant)
Ce sont eux!

Dom Antonio
C’est leur mort!

Camoëns
(qui les a regardés descendre échelons, s’apprête à les suivre en disant)
Sauvés!

Dom Antonio
(à part)
Perdus!

Dans ce moment des soldats paraissent au balcon qui est en haut de la tour; ils frappent d’un coup de hache l’échelle de corde qui se détache emportant Dom Sébastien et Zayda, qui roulent dans la mer!

Camoëns
(du haut du bastion, poussant un cri)
O ciel!

Il s’élance dans la mer au moment où Juam de Sylva et les inquisiteurs sortent de la porte à gauche, et le peuple se précipite sur le théâtre par la droite.

Dom Antonio
Je suis roi!

Juam de Sylva
Pas encore!
Dom Sébastien, par cet acte suprême,
A l’Espagne, après lui, cède son diadème.

Dom Antonio
(avec rage)
Ah! traître!…

Juam de Sylva
(voyant un groupe de matelots qui rapportent Camoëns mourant)
O ciel! Qui vient s’offrir
A nos yeux?

Les Matelots
Camoëns, qu’à son heure dernière
(montrant l’hôpital de la Marine)
Nous conduisons là, pour mourir!

Juam de Sylva
Du duc d’Albe déjà s’avance la bannière,
Des droits de notre maître il sera le soutien!
Gloire à Philippe Deux!

Camoëns
(se soulevant sur son lit de mort)
Gloire à Dom Sébastien!

La flotte de Philippe II et le pavillon espagnol paraissent au loin en mer. Juam de Sylva et les inquisiteurs les montrent au peuple. Dom Antonio consterné baisse la tête. On emporte Camoëns expirant.

FIN

ACT I

The view of the port of Lisbon. On the right, in the
foreground, the king’s palace, from which one descends by several steps. At the bottom, the sea, and the fleet ready
to set sail. Everything is being prepared for boarding.
Weapons and provisions are carried on board the flagship.
On the left, soldiers and sailors drink and sing; others bid
farewell to their wives and families. We see circulating men
and women of the people, lords and great ladies attracted by curiosity.

SCENE I
Soldiers, sailors, men and women of the people, lords and noble ladies; then Dom Antonio and João da Sylva.

Chorus
Helmsman! unfurl the sail!
Step lively, bold seaman!
The king commands, and his star
Guides us to the African shore!

At this moment Dom Antonio and João Da Sylva come out of the king’s palace and descend the steps conversing.

Dom Antonio
So we win, and fate draws
The reckless Sebastian to the African shore!

João da Sylva
But as he departs, your royal kinsman,
Dom Antonio, confers on you the regency…

Dom Antonio
That I owe to your efforts, you, prudent minister,
You, Grand Inquisitor!… And during his absence,
I mean to share the power with you…

João da Sylva
(aside, while several lords approach and greet Dom
Antonio)
Which your feeble hand will keep but for a day!
The skilful Philip II, whom glory accompanies,
Has long been pondering, with a vulture’s gaze,
On rich Portugal, too close to Spain;
And he promises me, if I am his ally…
(looking at Dom Antonio)
A power more durable and secure than yours.

Chorus
Helmsman, unfurl the sail!
Step lively, bold sailor!
The king commands, and his star
Guides us to the African shore!

SCENE II
The same; a soldier, approaching Dom Antonio, to whom he presents a placet.

Dom Antonio
Again this soldier, who pursues me ceaselessly
Regarding an impossible petition!…
(to the soldier)
Your justification?

The Soldier
My distress!

Dom Antonio
Ah, so! What is it you wish?

The Soldier
To speak with the king!

Dom Antonio
Do you believe, then, his majesty will condescend to you?

João da Sylva
Away with you, wretch!

Dom Antonio
(impatiently)
Yes! Begone!

SCENE III
The same; Dom Sebastian, descending the steps of the palace.

Dom Sebastian
Aha! Wherefore do you
Prevent my soldiers from coming to me?
(to the soldier and beckoning him to come forward)
Who are you?

The Soldier
As a soldier, I sought victory,
And as a sailor, from distant shores;
A poet, I dreamed of glory…
And found only disdain!
Far away, on unknown seas,
I followed Vasco de Gama,
And wonders that I’ve seen
My inflamed my ardent eloquence!
O Luisad!… Child of my cherished lyre!
You who must celebrate my ungrateful homeland,
For you I fought the raging Ocean!
Yes, swimming with one hand, I cried out to tempests:
Let me perish!… but carry my verses to shore…
For the first time, the gods granted my wish!
A poet, I dreamed of glory,
And found only misfortune!
May I today find honor
In the presence of the son of victory.

Dom Sebastian
(to the soldier)
Your name?

The Soldier
Camoëns!

Dom Sebastian
(removing his hat with respect)
Poet
I salute you!
(to Dom Antonio and João da Sylva who shrug their shoulders with contempt)
Yes, in his eyes
I saw gleaming the fire of misunderstood genius!
His name will be the pride of the disdainful country,
That now ignorantly spurns him!
(reaching out to Camoëns)
I am your protector;
Answer me, what is your wish?

Camoëns
The honour
Of following you, O my king, to the Moorish coast
To share and sing your exploits.

Dom Sebastian
Then make ready to depart!

Camoëns
One more favor!

Dom Sebastian
And what is that?

Camoëns
(pointing toward the rear of the scene)
Observe!

Dom Sebastian
Ah! What is it I see?

A black procession crosses the stage carrying a banner:
it is that of the Inquisition. Familiars of the Holy Office are conducting a young girl, covered with a sanbenito,
the robe of the condemned.

SCENE IV
The same; Zayda and the familiars of the Inquisition.
Chorus and March.

Chorus
Heavenly justice,
You wish her suffering,
And the Holy Office
Punishes the wicked.
Let us save the unholy!
Let the flames here on earth
Preserve their souls
From the fires of hell.

Dom Sebastian
Where are you taking her?

João da Sylva
To the stake!

Dom Sebastian
Who is she?

João da Sylva
Zayda the African, a heretic, an infidel!
Captured by our ships on the shores of Tunis,
She had, abjuring deceitful and false gods,
Received the water of baptism…

Zayda
Yes, trembling with fear,
I had renounced the holy faith of Muhammad!

João da Sylva
(to Dom Sebastian)
You hear it!

Zayda
And repenting,
yesterday I wished to flee a loathsome convent…

Dom Sebastian
And why?

Zayda
To see Africa again, my homeland,
And my old father, alas, who mourns and waits for me!

Dom Sebastian
(with emotion)
Ah! You shall not die!

João da Sylva
(stepping forward)
Our all-powerful King
Cannot snatch this impious woman from the stake,
Nor countermand the decrees of the holy court!

Dom Sebastian
But I can commute her sentence!… And forever,
And on pain of death, I exile the foreign woman.

João da Sylva
To what place?

Dom Sebastian
To Africa, and to her aged father!

Zayda cries out and falls on Dom Sebastian’s knees.

Camoëns
Long live the king!

João da Sylva and the Inquisitors
Ah! the impious man.
He defies us.
He profanes the faith!

Zayda
(at the king’s feet)
O you who forgive me,
O best of kings,
To you I give forever
The life I owe you!
May the gods protect your life,
May you be covered in glory and honor!
And, Ah, never be exiled
From the fair skies of your homeland!…

João da Sylva and the Inquisitors
Our holy wrath
Does not spare kings.
Woe to the brazen one
Who ignores our laws!

Zayda
O my God! On earth,
My tutelary support,
O best of kings!
To you who pardon me,
I consecrate and give
The life I owe you!

Dom Sebastian
O charming foreigner,
Alluring sweetness, sweet voice!
The hardest heart
Would be subject to your laws!

A trumpet call is heard. Officers and soldiers come
forward.

Dom Sebastian
Do you hear the trumpet
That echoes the sound of the sea?
The palm of victory is prepared for usl;
March on, noble Portuguese,
Conquerors of the New World,
Victory favors us!
May God answer us with flood tides…
I answer you with success!
(to Camoëns)
You, recite the song of departure,
And if it is true that the poet
Be inspired by heaven, tell us, divine prophet,
What fate awaits our standard?

Camoëns
(with enthusiasm)
Yes, heaven inflames and inspires me!
Do you see the serene horizon?…
Do you see the royal ship
Approaching African soil?…
The desert wind carries to us
The cry of the seething warrior!…
How many are they?… What matters it to us?
Onward, Christians, onward!

The Soldiers
(becoming animated)
Onward, soldiers of the faith,
Onward! Glory to our king!

Camoëns
What is this dense, innumerable host,
That multiplies under our blows?
Like whirlwinds of sand,
They swirl around us!

At this moment, the stage darkens, the sea becomes rough, and the rumbling of distant thunder is heard.

The earth trembled under our feet;
Thunder roars in our face.
(distractedly)
Soldiers! Defend your king,
Soldiers! Save our banner…
I see it still… I see it…
But bloody and in the dust…
Forward… forward, and let us die for the king!

The Soldiers
Forward… forward, and let us die for the king!

Dom Sebastian
(darting in their midst)
What do you say, friends?

Camoëns
(recovering his senses)
Yes… Yes… Forgive me!
The flashes of lightning and these dense clouds
Conveyed to my senses only somber omens!

At this moment the clouds dissipate, the sea becomes calm again, and the sun shines.

But the sun returns!… The sun, which must
Illumine the valor of our heroes on African battlefields
May our banners bow before your rays!

All the banners are lowered.

Dom Sebastian
Lord! Bless them.

João da Sylva
(extendinghis hands)
Yes, may Providence
Deign to grant our prayers!…
(aside)
Both monarch and soldiers,
You will not return from the African sands!…

João da Sylva, Dom Antonio and the Inquisitors
Anathema to heresy!
Anathema on the impious one
Who opposes and defies us,
And ignores our decrees!
May heaven roar against his brow,
May the waves part beneath him,
May hell alone answer to him,
And swallow him up forever…

Dom Sebastian, Camoëns and the Soldiers
Hear the trumpet
That echoes the sound of the sea?
The palm of victory is prepared for usl;
March on, noble Portuguese!
Conquerors of the New World,
Victory favors us!
May God answer us with flood tides…
I answer you with success!

Zayda
From the fury of the infidel
He saved my life;
Muhammad, I implore you,
Reward his good deeds!
O mighty master of the world,
May his fate bend to my prayers,
Let justice confound
The wicked and their works!
(kneeling)
O Muhammad, save his life!

The People
God of the Christians, save the king!

Dom Sebastian
Farewell, Lisbon!…

Camoëns
Farewell, my homeland!

Dom Sebastian
We shall return worthy of you!

Zayda
From the fury of the infidel
He saved my life;
Muhammad, I implore you,
Reward his good deeds!
O mighty master of the world,
May his fate bend to my prayers,
Let justice confound
The wicked and their works!

João da Sylva, Dom Antonio and the Inquisitors
Anathema to heresy!
Anathema on the impious one
Who opposes and defies us,
And ignores our decrees!
May heaven roar against his brow,
May the waves part beneath him,
May hell alone answer to him,
And swallow him up forever…

Dom Sebastian, Camoëns and the Soldiers
Do you hear the trumpet
That echoes the sound of the sea?
The palm of victory is prepared for usl;
March on, noble Portuguese!
Conquerors of the New World,
Victory favors us!
May God answer us with flood tides…
I answer you with success!

The People
When he endangers his life,
For glory and homeland
Grant, God to whom I pray,
All the prayers of his subjects.
O mighty master of the world,
May his fate bend to my prayers,
Let justice confound
The wicked and their works!

Dom Antonio and João da Sylva give voice to the joy that the departure of Dom Sebastian inspires. The people surround the king in their ecstasy. Zayda kisses his hand. The king, Camoëns, and the officers board the vessel, and we see in the open sea, on the horizon, the entire Portuguese fleet under sail.

ACT TWO

TABLEAU I
In Africa. The house of Ben-Selim, in the vicinity of Fez.

SCENE I
Zayda, surrounded by her companions.

Chorus of Maidens
The delights of our countryside,
The rose of the deserts,
The fairest of our companions,
Suffered in irons!
Heaven has heard
Our plaintive voices and sighs!
She returns!… and pleasures return
To our shores

Zayda makes a sign that she wants to be alone. The young girls leave.

SCENE II
Zayda.

Zayda
(alone)
Since his protecting hand
Preserved my sad days,
For my misfortune, for my agony,
I hear him, I see him still!
Alas! The sweet heaven of my fathers
Could not console my melancholy;
My soul, on alien shores,
Is lodged with him!

SCENE III
Zayda, Ben-Selim and his entourage.

Ben-Selim
(approaching his daughter)
Why do you reject the love of brave Abayaldos,
Your brow always veiled with a cloud?

Zayda gestures that she cannot tell him.

My daughter, at least receive the tribute
Of friendship that celebrates your return.

An interlude consisting of several characteristic dances. At the end of the interlude, the peal of trumpets is heard. Abayaldos appears at the head of his tribe.

SCENE IV
Enter Abayaldos and the Arabs under his command.

Abayaldos
Well, what is this? Dances and celebrations!…
Merry cries ring in the air!
While lightning strikes your heads
And the infidel invades our deserts?

All
(crying out)
Christians!

Abayaldos
Arise! Let the sword
Gleam in your hands!
At suspend your games!
To arms, Africans!
Yes, seize your swords,
To arms, Africans!
Sebastian, this infidel prince,
Has come to enslave us!
He defies us and calls us
To the plains of Alcazar-Quivir!
Arise! Let the sword
Gleam in your hands!
No more peace, no more truce!
To arms, Africans!
(turning to Zayda)
Holy war has been declared,
And we hasten to the field of honor!
Your troth, so long hoped for,
Must be the victor’s prize!

Zayda makes a sign to him that she wishes to make no promise. Abayaldos looks at her for a few moments with jealousy and anger, then turns to his companions.

Arise! Let the sword
Gleam in your hands!
No more peace! No more truce!
To arms, Africans!

Chorus of Women
(kneeling)
O God, who hold the sword
And death in your hands,
To you my voice rises.
Watch over their destinies!

Men’s Choir
Let us arise! Let the sword
Gleam in our hands!
No more peace! No more truce!
To arms, Africans!

Zayda
God! Turn aside the sword
That gleams in their hands!
To you my voice rises,
Watch over our destinies!

They depart in disorder. For a few more moments are heard the sound of martial music and the tumultuous cries fading in the distance.

TABLEAU II
The plain of Alcazar-Quivir after the battle. On the left, a rock. In the background, the bodies of Christians and Muslims, weapons, debris, etc., are seen lying in the sand.

SCENE V
Dom Sebastian, surrounded by some Portuguese officers, wounded as he himself is. Weakened from loss of blood, he is supported by Dom Henrique, still holding the hilt of a broken sword in his hand.

Dom Sebastian
A sword, a sword!…

Dom Henrique
Alas! All is lost!

Dom Sebastian
(distractedly)
Let us save Camoëns, lying in the sand.

Dom Henrique
Think only of yourself, sire!
(to the other Portuguese lords)
Rescue our king, whom I can barely support
From their inhuman rage!

Dom Sebastian
(almost fainting at the base of the rock)
Ah! Leave me… Flee!

Dom Henrique
(hearing the Arabs advancing)
They are coming! Here they are!
(gesturing to the officers to place the king at the foot of the rock)
There!… Beside this rock!… And we, we shall die here!

SCENE VI
Enter Abayaldos and the Arabs.

The Arabs
Victory! Victory! Victory!
Allah has decreed glory
For the children of Ishmael
From heaven on high!
Neither pity nor clemency!…
May menacing steel
Serve our vengeance
And be bathed in blood!

The Portuguese
Betrayed by victory,
In our cruel fate,
There remains to us the glory
Of dying for heaven!
Support us, almighty God!
Hevenly reward
Near to You awaits us!

Abayaldos
The bodies of our vanquished foes litter the plain,
The king, who fell under our bloody blows,
Has been stolen hither from the fate that awaits him!
Sebastian is ours, it is God who brings him to us!

The Arabs
On behalf of Abayaldos, defender of the faith,
May the traces of the last Christians be expunged!
Let us strike!

Dom Sebastian
(rising)
Le me be first!

Abayaldos
(to the Portuguese)
Yes, for you no grace
If you do not at once identify your king.
Speak? Which of you is Sebastian?

Dom Sebastian makes a movement.

Dom Henrique
(anticipates him and says aloud)
I am he!
(in a low voice and grasping the hand of Dom Sebastian, who is about to speak)
Live for them!… I die!
(he falls to the ground and breathes his last)

Abayaldos
(standing and observing him)
So there he is,
Lying in the dust, this king!… This bold hero,
Who dreamed of a new empire in Africa!
He will have come but to conquer a tomb!
Even after his passing, a slave in this land,
His ashes will remain prisoner among us!
(to the Portuguese lords)
You, however, I consent, accompany the prince,
The object of your love, to his final rest!…

The body of Dom Henrique is borne away, and at a sign from Abayaldos the Portuguese lords follow him.

The Arabs
Victory! Victory! Victory!
Allah has decreed glory
For the children of Ishmael
From heaven on high!
Neither pity nor clemency!…
May menacing steel
Serve our vengeance
And be bathed in blood!

They all depart.

SCENE VII
Dom Sebastian, fainted at the foot of the rock; Zayda enters secretly and examines in horror several bodies of Portuguese soldiers and officers lying at the back of the scene.

Zayda
He has fallen!… Among these bloody corpses;
To investigate death… Yes… I will have the strength…
(advancing towards the rock)
To save him wounded… Captive… If I am not in time,
At least I will spare his remains from desecration!…
God of goodness, guide my trembling steps to him!
(she sits for a moment on the rock)

Dom Sebastian
(still unconscious)
Henrique!… Camoëns!… Defeated!

Zayda
Great Gods!… What did I hear?
(recognizing him)
It is he!…
(Zayda makes the king breathe smelling salts, which revive him, and tears her veil to bandage his wounds)
Dear God!… His misery is so great
That it must absolve me in Your eyes!…
And your own law commands us
To give aid to the unfortunate!

Dom Sebastian
(who gradually comes to)
I was bereft of light!…
Death was about to close my eyes…
Who then recalls me to life,
And gives me back the light of the heavens?…

Zayda
(recalling the melody of her song from Act I)
When fate deserts you,
O best of kings!…
To you I give forever
The life I owe you!

Dom Sebastian
(getting up and looking at her)
When everything deserts me…
It is you… I see you again!…
Hope shines for me
At the sound of her voice!
(gently pushing her away with his hand)
To wish to save my life is to risk your own,
Go, let me perish!

Zayda
(emphatically)
By the God of the Christians!
You will live, sire! Or we shall die together!

Dom Sebastian
(astonished)
What do I hear?

Zayda
(as before)
Mighty king, I would have said nothing,
But seing you miserable, lost, and proscribed…
You shall know all!… I love you! And for you alone I tremble!

Dom Sebastian
I have now only my misery to offer you.

Zayda
What matter if I can still die for you!
If your fate is mine!…

Dom Sebastian
Yes, God who unites us
Will not wish for us ever to separate!

Zayda
Take heart!… O my king! Take heart!
Love inspires my voice;
The sun shines after the storm,
And God watches over kings!

Dom Sebastian
Yes! Take heart! Take heart!
Mine is reborn at her voice;
The sun shines after the storm,
And God watches over kings!

Zayda
Heaven must put an end to your sorrows;
Soon good times will return for you!
You will see the palace of your fathers again,
And the crown will adorn your brow!

Dom Sebastian
Angel of heaven!… My guardian angel,
Through you good times will soon return;
Yes, yes, I want to see the earth at your feet,
And the crown gleaming on your brow!

Zayda
Take heart! O my king! Take heart!
Love inspires my voice!
The sun shines after the storm,
And God watches over kings!

Dom Sebastian
Yes! Take heart!… Take heart!
Mine is reborn at her voice;
The sun shines after the storm,
And God watches over kings!

A great tumult is heard offstage.

SCENE VIII
Enter Ben-Selim, Abayaldos, and Arabs, axes in hand, seeing Dom Sebastian.

The Arabs
Blood! Blood!… It is the prophet’s command!
Let us strike! Strike, in obedience to heaven!
Allah! Allah demands his head!
Blood! Blood… for the children of Ishmael!

Zayda
(running from Abayaldos and Ben-Selim, who have just entered, and showing them Dom Sebastian)
No! You will spare the one I protect!
If you love me, save a poor unfortunate!…
(to Abayaldos with force and dignity)
I demand it!… I wish it!

Abayaldos
And why would I obey you,
You who reject both my hand and my vows?

The Arabs
Blood! Blood!… It is the prophet’s law!
Let us strike! Strike, in obedience to heaven!
Allah! Allah demands his head!
Blood! Blood… for the children of Ishmael!

They have surrounded Dom Sebastian; the sword is raised over his head; he is about to be struck. Zayda cries out, lunges toward him, and blocks them from him with her body.

Zayda
(trembling with dread and turning to Abayaldos)
Well then!… Order that his life be spared!…
May he again be able to see the skies of his native land!…
Let him go free, entrusted to our care,
(indicating her father and herself)
And here I swear, you will be my husband!

Abayaldos
(astonished)
What interest so great?…

Zayda
On the distant shore,
I was dying… a Christian dared to break my chains;
Once free, I swore an oath to save a Christian!…
You will help me to fulfill this oath!…

Abayaldos
(to Dom Sebastian)
Very well!
Be free!… Go and, in the bosom of your homeland,
Bless the sacred name of her to whom you owe your life!

Zayda
(in a low voice, to Dom Sebastian, who makes a sign of refusal)
Sire, to save you I promised my life:
I shall give still more, and, if I am dear to you,
Go, sire, go!… On the foreign shore,
My heart is with you and will follow you always!

The Arabs
(to Dom Sebastian)
Go! Begone!… It is the prophet’s command!
(to the slaves and women approaching with garlands and baskets of flowers)
March!… Let us march from combat to the altar!
From our chief, may happiness rain upon him,
Love and glory to the children of Ishmael!

Zayda
To save him, while my misery is being prepared,
From the heights of heaven, God, watch over him!

Abayaldos has taken Zayda’s hand, while she follows him, pale and trembling, barely supporting himself. The procession leaves with them.

SCENE IX
Dom Sebastian.

Dom Sebastian
(alone, stretched out on the rock where he has fallen exhausted, looking around)
Alone on earth,
In my misery,
I have nothing left!
Heavenly love,
That alone remains to me,
Is my support!
Yes, He alone revives my soul;
In the destiny that overwhelms and fells me,
I have nothing left but a woman’s love,
(emphatically)
And the heart of a soldier!
(Exit, weak and still unsteady)

ACT III

TABLEAU I
The royal palace in Lisbon. In the foreground the throne room. In back, an exterior gallery overlooking the gardens.

SCENE I
Dom Antonio, covered with his royal mantle, the crown on his head, and leaning on his scepter, is standing on an opulent raised platform receiving the oaths of all the magnates of the kingdom. To the right and left, ladies of the court in brilliant attire. At the bottom, ushers and pages; in the exterior gallery, crowds of people, whom guards prevent from entering. João da Sylva, then Abayaldos and his suite.

João da Sylva
(addressing Dom Antonio)
To quell a cruel war between our two countries,
The illustrious Abayaldos, victor over Sebastian,
Comes as ambassador, sent by his king,
To offer a treaty of eternal alliance!

In a brilliant procession, Abayaldos and the whole suite of the embassy appear. Slaves carry gifts, which they deposit at the foot of the throne. Beside Abayaldos stand Arab lords, Muslim warriors, slaves, and a few veiled women, among whom is Zayda. Abayaldos advances toward Dom Antonio and presents his credentials.

Abayaldos
We bring these gifts and our best wishes
To the new king of Lusitania;
May purer skies and happier days
Shine upon his land!

Dom Antonio
May we be able to put behind us the faults of the past!
You, meanwhile, be my friends and guests!
And until the happy day that promises us peace,
Deign to accept my palace for your shelter!

Abayaldos bows as a sign of acceptance. Dom Antonio descends from his throne and leaves with João da Sylva and the lords in his entourage.

SCENE II
Abayaldos, having remained behind with a few slaves, signals them to withdraw and detains Zayda from following them.

Abayaldos
(looking around)
We are alone!

Zayda
(lifting her veil)
Alas! Why, my Lord, do you not leave me
On African soil?
Why have you forced me to follow my husband
To this foreign and distant shore?

Abayaldos
(with concentrated fury)
Because in every place, like a slave,
Night and day you will follow in my footsteps!
Thus that treacherous heart that defies me
Will not betray me!

Zayda
Whence comes this outburst and this frenzy!…
When I gave you my hand, my heart, my life?…

Abayaldos
Yes, I received your hand, yes, I received your troth!
But your heart, Zayda, was never mine!
In every place, like a slave,
Night and day you will follow in my footsteps!
Thus that treacherous heart that defies me
Will not betray me!

Zayda
Strike, then: the death I endure
Is less cruel than you, alas!
Take pity on your slave,
Who asks you for death!

Abayaldos
The tears that you ceaselessly shed in secret…

Zayda
Are witness to my pain, not crime!…

Abayaldos
You lie!
One night, Zayda, beside you who are dear to me,
I lay awake in thought!… You, in an adulterous dream,
You murmured a name… Which was not mine!

Zayda
I! Good God!

Abayaldos
This Christian!… He is one of them…
(with rage)
This Christian,
I shall find him… though it be at the end of the earth!

Zayda
(emphatically)
And if he is no more!

Abayaldos
My offended love,
Even after death, is jealous of the past!
But no… No!…
Your treacherous heart hopes
In vain to save him
From my righteous anger,
To deceive me, to sway me…
Yes… I want, for vengeance’s sake,
To believe in its existence…
To nothing but this hope
Does my heart beat with pleasure.

Zayda
(aside)
God in whom alone I lay my hopes,
God so long severe,
Be moved to pity
By my tears, my prayer,
And if it is an offense
To have, in my suffering,
Kept his memory…
It is I who must be punished!
(standing, raising her hands to heaven)
Ah! believe it at least by this supreme oath…

Abayaldos
No! Your oaths cannot mollify me,
I now trust only in myself,
In these eyes, to see all!…
(showing his dagger)
In this iron… to punish!
Do not think to save him
From my just wrath;
Your heart hopes in vain
To defeat or sway me!
In my revenge, I want
To believe in his existence…
And my sole hope
Will be to punish him!

Zayda
(aside)
God in whom alone I lay my hopes,
God so long severe,
Be moved to pity
By my tears, my prayer,
And if it is an offense
To have, in my suffering,
Kept his memory…
It is I who must be punished!

Lords of the palace enter and show Abayaldos the apartments on the right, which are his. He enters them with Zayda.

ACT THREE

TABLEAU II
The main square of Lisbon. On the left, the façade of the cathedral. Att the back and to the right, several streets leading into the square. It is dark. A wounded soldier walking with difficulty emerges from one of the streets on the right and slowly advances into the public square from which he observes in silence the principal edifices.

SCENE III
Camoëns alone.

Camoëns
O my native land!
One of your sons, poor and bleeding,
Reaches at last your cherished shore!…
And all the woes of my life,
I forget now seeing you,
O my native land!…
The moving and solemn image
Of my homeland
Revivifies my enfeebled soul;
And if I must lose my life,
I will at least die under the sky
Of my native land!

SCENE IV
Camoëns; a round of soldiers crossing the street.

The Soldiers
Halt, who is there?…

Camoëns
(joyfully)
An exile who sees his homeland again!
A soldier returning from Africa…

One of the Soldiers
(whispering)
On your life,
Be silent, comrade, and disappear at once!
Our new monarch has little liking
For anything returning from the African shore!
(Exit)

SCENE V
Camoëns.

Camoëns
(alone)
O noble Sebastian, generous victim,
After you, did you think that your vile successor
Would make a crime of our spilled blood?
(looking around)
Nothing!… And injured!… What to do?
(after a moment of silence and in despair)
O shame!… O dishonor!
This arm, then, skilled in wielding the sword,
Is raised in supplication to arrogant wealth!…
Camoëns a beggar!… Let us go…
(placing his hand on his breast)
Be silent, my heart!
(looking to the sky)
And Night, wipe the flush of shame from my brow.

SCENE VI
Enter a man, wrapped in a cloak, walking towards the square. Camoëns sees him despite the darkness, approaches him, removes his helmet, and offers it to him.

Camoëns
(holding out his helmet)
It is a soldier who has just returned from the war;
The hand he stretches out was wounded in battle!
He asks you, like Belisarius…
Rich man, give a farthing to the old soldier!

Dom Sebastian
Like you, I too return from the war,
Like you, wounded in combat,
I have brought back glory and misery,
The only portion, alas! of the old soldier!
Yes, like you, Brother, I am a soldier!

Camoëns
(taking his hand)
Your hand! Your hand in that of a soldier!

The two clasp hands and sit on a stone bench on the
right.

(questioning with interest)
You were wounded?…

Dom Sebastian
In the field at Alcazar!

Camoëns
(as before)
You fought?…

Dom Sebastian
Beside our standard!

Camoëns
(as before)
Beside the king?…

Dom Sebastian
I have never left him!

Camoëns
Nor have I!…
(rising and becoming animated)
Standing at his side,
Wounded!… Left for dead!… O fatal defeat!

Dom Sebastian
(also becoming animated and listening to him with interest)
Who are you then?

Camoëns
His friend! His poet,
Who wishes to live still to sing his exploits
And make them immortal!

Dom Sebastian
(crying out)
Camoëns!

Camoëns
(moved)
That voice!…
No… No… I am mistaken…
(trying to recognize him in the shadows)
These are not the features
Of the king whom I mourn.

Dom Sebastian
Changed by misfortune…
(opening his arms)
But here, at least… here is still his heart.

Camoëns
(throwing himself into his arms)
O day of joy! O day of ecstasy!
It is he… whom I clasp to my bosom.
Lord, call me back to you!
I can die! I have seen my king!
(crying aloud)
Long live the king!…

Dom Sebastian
Last day of joy and ecstasy!
Sole friend whom heaven leaves me!
I who was king, meet again
A heart that still beats for me!
(bidding him be silent)
Silence! Silence!
(whispering)
An ambitious uncle, greedy for power,
Made haste to occupy my vacant throne.
He counts upon my death and would make it real
If he could suspect…

Camoëns
But all your courtiers?…

Dom Sebastian
Fortune flees me… They will all do the same!

Camoëns
But your soldiers at least…

Dom Sebastian
Are my only supporters!
First of all I must make myself known to them.

Camoëns
They will know you, believe my oaths.
I will cry to them: here is our master!
It is he! It is he!… My friends, believe me!
O day of joy! O day of ecstasy!
Ring out, ye songs of joy!
O my country! Rise up,
God returns your glory and your king.
(crying aloud)
Long live the king!

Dom Sebastian
Last day of joy and ecstasy!
Sole friend whom heaven leaves me!
I who was king, meet again
A heart that still beats for me!
(bidding him be silent)
Silence! Silence!

In the distance is heard the sound of funeral music. Dom Sebastian and Camoëns stop in amazement.

Camoëns
What are these sinister sounds?

Dom Sebastian
The funeral honors, that in his hypocritical mourning
The new king renders to the king from whom inherits.

Camoëns
(looking to the right)
Yes, Dom Antonio, followed by all the grandees!

SCENE VII
Dom Sebastian, Camoëns, on the right, wrapped in their
mantles. A march, a funeral procession by torchlight.
Companies of soldiers and sailors appear, then magistrates, inquisitors, lords, and ladies of the court. Then comes the
hearse, decked with royal insignias, the Portuguese arms,
and funerary ornaments, followed by the Dom Sebastian
battle horse. Then appear Dom Antonio and João da Sylva,
amid the whole court, in mourning attire. Footmen escort
them with innumerable torches. The people enter from
the streets leading to the square and crowd around the
convoy. Towards the rear of the stage appear Abayaldos
and his retinue.

Chorus
Sound, funereal clarions,
Roll, somber drums!
Evoke the angel
Of the shadows of the last days!
From God who holds the lightning
Let him proclaim the laws,
He who reduces to dust
The majesty of kings!
Sound, funereal clarions,
Beat, muffled drums!
Evoke the angel
Of the shadows of the last days!

The hearse has stopped in center stage. João da Sylva, Dom Antonio, and all the grandees of the court have entered the cathedral.

Three Inquisitors
(turning to the people)
In the name of a vengeful God, people, listen to me!
(showing the catafalque)
Let us deplore the madness of a heedless monarch;
Let us bow before the hand of the God who punishes him.

Camoëns
I will not suffer my king to be insulted!
Come defend his memory,
Unfortunates of whom he was the support;
Soldiers, his comrades in glory,
Come all, and weep over him!
Fate betrayed his valour;
He fell, but as a hero.
Let us mourn hope of the country,
Let us mourn the honour of our flags.

Chorus
Let us mourn hope of the country,
Let us mourn the honour of our flags.

João da Sylva and Dom Antonio leave the church on the left, just as Abayaldos and the entourage of the embassy enter from the right.

João da Sylva
Who disturbs the solemn ceremony of this day?

Camoëns
A soldier, a poet, a faithful Portuguese,
Slave of his faith, without fear and without hope,
Who sings of misfortune and not of power!

João da Sylva
Who brings you among us
To foment more discord and hatred?
(to the soldiers)
Seize him despite his reckless friends.
(pointing to Dom Antonio)
Do it, the king orders it!

Dom Sebastian
(moving forward)
And I forbid it!

All
(with astonishment)
The King!

Camoëns
(emphatically)
Your true king!

Abayaldos
(aside, looking at Dom Sebastian)
He!… The King!… What mystery is this?
The one who snatched Zayda from my wrath!…

Dom Sebastian
(advancing to center stage)
My friends, my subjects… It is I, it is your king!
Yes, yes! Despite his features altered through suffering,
He is your king, whose return Providence
Has vouchsafed after so many misfortunes!

The People
Long live the king! Our pride, our love!

Abayaldos
(advancing to center stage)
And I, with my own hands, people, I swear to you,
Placed your vanquished king in his tomb.
In the plains of Alcazar his destiny ended,
And his ashes rest in the African sands!

The officers of his retinue extend their hands, and swear the same oath.

(pointing to Dom Sebastian)
But this one, who would pass for your master,
Saved by my mercy or perhaps by some treason,
Is nothing but an impostor!

João da Sylva and Dom Antonio
Who vainly tries to deceive you!

Dom Sebastian
(to the Inquisitor)
Before accusing me of an ignoble deception
Look at me, Dom Juam!
(to Don Antonio)
Look at me closely, Sire.

Dom Antonio
(to the inquisitors)
It is for you to punish his deluded criminal!
Do your duty!

João da Sylva
People!… Have no doubt!
This Muslim has told you! He is a felon, a traitor.

Camoëns
Ah! his soldiers at least will recognize him.

Abayaldos
(aside)
And you who claimed to have saved him from death,
Zayda, I will spy out your intrigues and moves!

The Inquisitors
He must perish!
Let a just punishment,
Stamp out forever
(pointing to Dom Sebastian and his supporters)
Crime and error!
And you, almighty God,
Whom his voice blasphemes,
Hurl anathema
Upon this impostor!

Camoëns
(inciting the people)
To arms!… It is for us to battle for his life!

Dom Sebastian
No blood, my friends! I know well how to defeat them!

João da Sylva
Stop, reckless rabble! Here is not the place
Where justice can absolve or punish.
Henceforth is the accused in the hands of God,
And we claim him in the name of the Holy Office!

The Inquisitors
He must perish!
Let a just punishment,
Stamp out forever
Crime and error!
And you, almighty God,
Whom his voice blasphemes,
Hurl anathema
Upon this impostor!

The cortege resumes marching. Dom Sebastian is lead away to the right, and Camoëns, exhausted by his efforts, falls unconscious into the arms of those around him.

ACT IV

A hall of the Inquisition in Lisbon.

SCENE I
The inquisitors enter slowly and from different sides. They
are all masked. On the left, almost directly in front of the
audience, is a raised, circular platform surmounted by a baldaquin, on which are the seats of the tribunal. In the back,
on a table, are instruments of torture and brasiers being lighted. Beside them are standing the torturers dressed in red, with
arms bare. On the right, members of the Holy Office, also masked, are seated in oak stalls. Standing behind them, and around the hall, are familiars and guards of the Holy Office.
João da Sylva.

Chorus
O underground vaults!
Grim home of pain,
Conceal the noise of the chains,
And the bloody sword!
Let nothing echo
In this sacred edifice,
But the sound of torture,
And the cries of the dying!

João da Sylva
(followed by the principal inquisitors)
Members of the Holy Office,
Let our law choose,
As chance may determine,
Whether you be judges or executioners.
Worshipping His Justice,
Let all obey,
And none betray
The secret of the dungeons!

All
(raising their hands)
We swear!!

Chorus
O underground vaults!
Grim home of pain,
Conceal the noise of the chains,
And the bloody sword!
Let nothing echo
In this sacred edifice,
But the sounds of torture,
And the cries of the dying!

SCENE II
The same. Dom Sebastian and a stranger. Several relatives of the Holy Office appear, all dressed in black and masked; one of them, a stranger who looks around him with astonishment and curiosity, hands a purse full of gold to one of his companions. The latter quickly hides it, admonishing the stranger not to betray him. The stranger remains standing on the left amid a group of familiars, while other officers of the Holy Office bring Dom Sebastian from the right.

João Da Sylva
(addressing Dom Sebastian)
You who, by an impious and audacious lie,
have come to sow discord and war among us,
What is your name?

Dom Sebastian
(covering)
Before I answer, tell me
Who gave you the right to question your king!
(turning to the assembly with noble dignity)
I am he!… That I affirm, and cannot recognize
The right of you, subjects, to judge your master!

João da Sylva
Answer!

Dom Sebastian
Nor permit you, who dare put me in chains…

João da Sylva
To condemn you…

Dom Sebastian
No! But to murder me…

João da Sylva
That is admission of guilt!

Dom Sebastian
(rising)
And your pride teaches me
That indeed I was, and of a very great crime:
That is to have allowed, under my reign,
This tribunal of blood to exist for a single day!
(seating himself again)
I shall answer no more!

João da Sylva
Should the Course of Justice
Be suspended at the discretion of the accused?
A witness presents himself and must be heard!
(pointing to Dom Sebastian)
He intends to unmask the fraud and trickery.
Let him come forward!

SCENE III
Enter Zayda, to whom João da Sylva makes a sign to lift her
veil.

Dom Sebastian
Zayda!… Great Gods!

All
A woman!…

João da Sylva
(looking at her)
Yes, these features have already, I believe, met my eyes!

All
A woman in this place!

Zayda
What does it matter, if through this woman
Holy truth gains entry to your soul?
You were deceived!… He whom Abayaldos
Saw fall on the African sands
Was the noble Dom Henrique,
Dying as a hero for his master!

The Stranger
(on the right and in a muted voice)
This is an imposture!

Zayda
(turning around)
What voice is this sounding in this somber hall?

João Da Sylva
(to Zayda)
If you are telling the truth, whence comes this terror?

Zayda
(turning to the court)
Your king was saved!… Saved by a woman
Who loved him!

Dom Sebastian
(with emotion)
Noble heart!
(interrupting her)
Zayda!…

João da Sylva
This is an ignoble conspiracy against us.

The Stranger
It is a lie!

Zayda
(with heat)
Very well! I swear by my soul!
This foreigner, this woman,
Who saved your king from death,
It is I!… I can tell you! It is I.

All
(rising)
Good heavens!

The Unknown
O fury!

João Da Sylva
O blasphemy!
(rising and descending to the other inquisitors who seem
shaken)
Stop!… Oaths that heaven has cursed
By the son of the true God are inadmissible!
Yes, recognize her, my Lords: it is she
Who here received the holy water of baptism!
Yes, this apostate heart who renounced her god
Has renounced ours, and condemned to fire…

Zayda
The king pardoned me!

João da Sylva
Our former king, in his clemency,
Exiled her from our walls… And under penalty of death
She returns today; decide her fate;
Judge what punishment her audacity merits!…

The Inquisitors
(at the back of the stage)
I condemn her to fire
As cursed in heaven and cursed on earth,
As a relapsed infidel!

The Stranger
(upstage, unmasking himself)
And I as an adulteress!

Zayda and Chorus
Almighty God!

Abayaldos
Having learned of your plans from your slave
I deisred to hear your designs from your own lips.

He goes to strike her with his dagger. The familiars of the Holy Office tear him away and surround him.

Abayaldos
Go, perjurer! Faithless wife!
You, the curse of my life,
I deliver you without regret
To torture, to infamy!
Let them pronounce your sentence,
Let them punish your offense to me!
Contempt is my revenge;
Be forever accursed!
Unworthy of dying by Moslem steel,
I leave to these Christians the task of punishing you!

João da Sylva
Adultery and sacrilege!…
Why do you wait to strike?
None here protects her,
Neither her God nor her husband!

Dom Sebastian
Ah! Immolate only me! Have Pity! Pity for her.

Zayda
To God alone I appeal,
Let God judge among us!

Abayaldos
Go, perjurer! Faithless wife!
You, the curse of my life,
I deliver you without regret
To torture, to infamy!
Let them pronounce your sentence,
Let them punish your offense to me!
Contempt is my revenge;
Be forever accursed!

All
Go, perjurer! Faithless wife!
You must end your life
In shame and infamy;
The executioners are ready for you!
You shall hear in your sentence,
Which your spouse has approved in advance,
Contempt is his revenge…
Be forever accursed!

Zayda
(throwing herself in their midst)
Very well! And since a spouse himself in your presence
Abandons me to death and releases me from my vows,
(pointing to the king)
Then, yes, I love him, I love him,
Him!… King Sebastian!
(to the inquisitors)
For he is your king!
And when before God himself
I suffer death and anathema here for him,
Speak… who could accuse my heart
Of deceit and error?

Abayaldos
Imposture!… She wants to give a crown
Not to Sebastien, but to the one she loves!

João da Sylva, Abayaldos and the Inquisitors
Let the stake be prepared,
Let their fate be fulfilled;
Let us punish them both
By flame and sword!
May God in His Wrath
Reduce them to dust!
Let them be cursed on earth
And cursed in heaven!

Zayda and Dom Sebastian
By flame and sword
May my fate be fulfilled!
To you, my God, I raise
Both my heart and my prayers!
I hope to endure
Their wrath in Your goodness!
Vengeance is on earth,
Clemency is in heaven!

Dom Sebastian
And you do not fear the day of vengeance!
The entire populace is rising!… It calls to me…
Listen!

João da Sylva
Vain hope! Executioners will chastise the insolence
Of the Christians against us… rebelling against God!

João da Sylva, Abayaldos and the Inquisitors
Let the stake be prepared,
Let their fate be fulfilled;
Let us punish them both
By flame and sword!
May God in His Wrath
Reduce them to dust!
Let them be cursed on earth
And cursed in heaven!

Zayda and Dom Sebastian
By flame and sword
May my fate be fulfilled!
To you, my God, I raise
Both my heart and my prayers!
I hope to endure
Their wrath in Your goodness!
Vengeance is on earth,
Clemency is in heaven!

Zayda and the king are led away on opposite sides.

ACT V

TABLEAU I
A tower adjoining the prisons of the Inquisition. Doors at the back and at right. At left, a windows onto a balcony. At right, a table.

SCENE I
João da Sylva, Don Luis, envoy from Spain.

João da Sylva
(seated next to the table on the right)
Do the Spaniards advance thus?

Don Luis
(standing next to him)
By this evening
The Duke of Alba will be below the walls of Lisbon.

João da Sylva
And your master assures me of dominion here?

Don Luis
If you… you assure him of a crown on his head!

João da Sylva
Tell Philip II that he can count on my word.
Tonight within these walls he will be proclaimed king!

Don Luis
But to reign without obstacle and without crime,
In the eyes of the Portuguese, he would need
The appearance of a legitimate title.

João da Sylva
He shall have it. Success rests on me!

Exit Don Luis.

SCENE II
João da Sylva, Zayda. On a gesture from João da Sylva, Zayda is led in through the door to the right by guards, who withdraw.

João da Sylva
Your life and that of your accomplice
Are in my hands!

Zayda
Order my torture!

João da Sylva
(coldly)
What if I consented to grant you a pardon?…

Zayda
From you,
I would refuse it!

João da Sylva
(as before)
If I saved the life
Of him whom you called the king?…

Zayda
(emphatically)
Save him!… Him! Speak! I implore you,
What is to do be done?

João da Sylva
(taking a sealed scroll from the table and giving it to her)
Convince him to sign this paper.

Zayda
(astonished)
This paper!…

João da Sylva
Have him sign it… And I myself,
Defying the supreme authority of the new king,
Will save his life, otherwise…

Zayda
(interrupting him)
Enough! Give it to me.

João da Sylva
(threateningly)
At ten o’clock… Your death!…
(Exit)

SCENE III
Zayda.

Zayda
(alone)
What hope will come!
I, save him… save him, or die…
To die for being in love,
Ah! it is a supreme gift!
But to save his precious life,
That is the happiness of the gods!
O moment full of sweetness,
From now on no more danger!
Tears of happiness
Flow from my eyes.

SCENE IV
Zayda, Dom Sebastian.

Zayda
Here he is!

Dom Sebastian
(running to her)
Zayda!
How is it possible
That in my misery I see you again?
What angel of light
Comes to restore my hope?…

Zayda
To finish his misery,
I can finally see it,
What angel of light
Comes to give me hope?…

Dom Sebastian
In the fury that drives them,
What happiness can unite us?

Zayda
Your enemies, Sire, pause and seem
To tremble at their crime!
Yes, they will fall at the feet of the proscribed,
Ready to loose your chains
If with your sovereign hand
You deign to sign this paper.
Read!

Dom Sebastian
(who has broken the seal)
Great Gods! They want to render me unworthy
Of my race and its splendor,
They want me to sign by my own hand
My disgrace and dishonor!

Zayda
What do I hear?

Dom Sebastian
Zayda, do you know what is being asked?
(with irony)
They agree to deliver me…

Zayda
Go on!

Dom Sebastian
As long as I give up my rights
And my crown to King Philip II!

Zayda
No no! Better to die than be dishonored!

Dom Sebastian
Her proud and noble soul
Has understood my fury.
They hope in vain
To add insult to my misery!
They may rob me criminally
Of my subjects,
Crush their victim,
But abase him… never!

Zayda
His proud and noble soul
Can understand my heart,
They hope in vain
To add insult to injury!
They may rob him criminally
Of his subjects,
Crush their victim,
But abase him… never!

The clock strikes ten. A voice is heard from the door at the rear.

Voice
(offstage)
Zayda! Zayda! The tenth hour has struck!

Zayda
(crying out and addressing the king)
Already! We depart… Farewell!…

Dom Sebastian
(wanting to follow her)
Heaven!… Where are you going?

Zayda
(pushing him away)
Stay here!

Dom Sebastian
Where are you going? What noise comes from below!
(looking out through the door at rear)
What do I see! The executioners!… What horrible light!
Ah, in their bloodthirsty fury,
By my refusal it is you that they will punish!

Zayda
What does it matter? There is a God who must unite us.

Dom Sebastian
You shall not leave!… The scoundrel has found
The way to crush my soul!
I, agree to your death!
Vain hope, vain effort,
You must live!
Or, whatever be your fate,
I shall follow you!
(he runs to the table intending to sign)

Zayda
(interposing herself)
Very well! If my prayers,
If the voice of duty,
If the names of your fathers,
Have no power over you,
Make this sacrifice
And sign this infamous pact!
But I will not be complicit in it,
And I shall throw myself into the sea at once!

Dom Sebastian
(restraining her)
Zayda!…

Zayda and Dom Sebastian
Vain hope, vain effort,
You must live!
Or, whatever be your fate,
I shall follow you!

At the end of this piece, the rear door opens, and the inquisitors are seen coming to look for Zayda. She lunges in front of them. Meanwhile, the king, who is at the table, signs the paper and presents it to the inquisitors. The door closes. Zayda, in despair goes to jump from the window. Outside is heard a barcarolle melody.

Dom Sebastian
(restraining Zayda)
Listen!

Camoëns
(offstage)
Fisherman of the shore,
The night
Smiles upon you;
The breeze is calmed,
Everything sleeps
In the port.
And bent over on the waves,
Row silently,
Brave sailors,
Full of hope!

Dom Sebastian
It’s Camoëns!

Camoëns
(offstage)
Intrepid fisherman,
At the foot of this wall,
The water is clear,
Success is assured!
Let a song of hope
Rise to these places…
Row silently,
Brave sailors!

Zayda
O loyal subject!

Dom Sebastian
Camoëns!

SCENE V
The same; Camoëns, appearing at the window on the left.

Camoëns
Hush!
Destinies have changed; be reborn to hope,
O my master!… At my voice, a whole angered people
Will rush to these ramparts rushes to save their king!

Zayda
And that title… He is abdicating it… Yes, his hand has signed it…
To preserve my life!…

Camoëns
(indignantly)
Ah! An extorted promise!…
Let shackles be sundred and the sword shattered!
(to the king)
On guard at this tower, one of your old soldiers
Offers his heart and his arm to save you.

Zayda
Yes, victory or death!

Camoëns, Dom Sebastian and Zayda
(mezza voce)
We will face the blows of fate
With prudence and mystery,
For God guides and enlightens us,
And friendship reigns over us!

Camoëns
A ladder attached to this balcony…
And a boat moored from the base of the tower
Will take us to the other shore,
To our friends!… Let us depart!

Zayda
(restraining them)
No, not yet!

Camoëns
What is the matter?

Zayda
(listening)
Hush… I thought I heard…

Camoëns
Yes?

Zayda
(pointing to the door on the right)
That someone was walking this way.

Camoëns
No… Nothing!

Camoëns, Dom Sebastian and Zayda
We will face the blows of fate
With prudence and mystery,
For God guides and enlightens us,
And friendship reigns over us!

They disappear by the balcony on the left.

TABLEAU II
A view of Lisbon. In front a braod bastion behind which extends the open sea. On the right, a high tower; at the top of the tower a balcony to which is attached a rope ladder. This ladder descends down the bastion from the top of the tower to the sea. On the left, in the foreground, a building on which is inscribed: Navy Hospital. On the right, the entrance to the tower. It is dark, but the moon lights up the stage.

SCENE VI and the Last
Zayda and Camoëns, who have just climbed down by the rope ladder, have stopped on the bastion and are waiting for Dom Sebastian who descends after them. The boat that is to receive them is at the base of the tower, but only the mast is seen above the bastion; then, Dom Antonio, Abayaldos, and João da Sylva; sailors, soldiers, people, inquisitors.

Camoëns
(to Dom Sebastian who has just landed next to them)
These ramparts are halfway there…
Let us continue!…
(Zayda steps again on the ladder: Camoëns stops her)
No!…
(to Dom Sebastian, pointing from the top of the bastion at Dom Antonio and Abayaldos, who are just emerging from the door at the base of the tower)
I think someone is coming, Sire.

Dom Antonio and Abayaldos enter together.

Abayaldos
(to Dom Antonio, heatedly)
Yes! To deliver them, we act, we conspire!

Dom Antonio
(coldly)
The Grand Inquisitor has just informed us!

Abayaldos
(emphatically)
And Camoëns is their leader!

Dom Antonio
(likewise)
I know!

Abayaldos
Soldiers of the tower let themselves be seduced.

Dom Antonio
(likewise)
I know!

Abayaldos
(impatiently)
But both will flee?

Dom Antonio
That is as I wish!

Abayaldos
And why?

Dom Antonio
(making him look up at the bastion)
Look!…

After listening for a moment, Camoëns has signaled to Dom Sebastian that there is no danger and that they can continue on their way. Zayda and Dom Sebastian have started down again.

Abayaldos
(seeing them)
It is they!

Dom Antonio
It is their death!

Camoëns
(who has been watching them descend the ladder, prepares to follow them saying)
Saved!

Dom Antonio
(aside)
Lost!

At this moment soldiers appear on the balcony at the top of the tower; with blow of an axe they strike the rope ladder, which is severed taking with it Dom Sebastian and Zayda, who tumble into the sea!

Camoëns
(crying out from the top of the bastion)
Great heaven!

He dives into the sea just as João da Sylva and the inquisitors enter from the door on the left and the people rush onto the stage from the right.

Dom Antonio
I am the king!

João da Sylva
Not yet!
Dom Sebastian, by this supreme decree,
Cedes his crown to Spain to rule after him.

Dom Antonio
(with rage)
Ah! The traitor!…

João da Sylva
(seeing a group of sailors who are carrying the dying
Camoëns)
O heaven! Who presents himself
To our view?

The Sailors
Camoëns, whom in his last hour
(pointing to the Navy Hospital)
We bring there to die!

João da Sylva
Already the banner of the Duke of Alba advances,
He will support the rights of our lord!
Glory to Philip II!

Camoëns
(rising on his deathbed)
Glory to Dom Sebastian!

Philip II’s fleet and the Spanish flag appear on the sea in the distance. João da Sylva and the inquisitors point them out to the people. Dom Antonio bows his head in dismay. Camoëns is carried away, expiring.

THE END

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